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Blog mis à jour: 26/11/2008 0:47

A propos de l'auteur

Williams Films est la société de production cinématographique que je souhaite bâtir depuis plusieurs années...

A présent ce rêve se montre de plus en plus concrétisable, c'est pourquoi l'envie me prit de créer un blog dans lequel il me sera possible de partager plusieurs choses avec le clan Williams, ainsi qu'avec de potentiels futurs associés à ce projet qui me tient tant à coeur. Je souhaite rencontrer des gens passionés, qui s'attachent à n'importe quel domaine du monde des arts et de la littérature ; mais surtout des gens qui ont un rêve à réaliser, le bonheur comme réponse au sens de l'existence, et l'envie de faire ce qui est irréalisable...

Venez, partagez et créez avec moi ce qui fût, est, et sera ce que je veux être un rêve. Juste un rêve...

Merci à tous...

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   Ne touchez pas aux marbres  0 commentaire
[22/08/2008 19:05]
Ne touchez pas aux marbres.jpgNe Touchez pas aux Marbres

Il se peut qu'au Musée on aime une statue,
Un secret idéal par Phidias sculpté :
Entre elle et vous il naît comme une intimité ;
Vous venez, la déesse à vous voir s'habitue.

Elle est là, devant vous, de sa blancheur vêtue,
Et parfois on oublie, admirant sa beauté,
La neigeuse froideur de la divinité
Qui, de son regard blanc, trouble, fascine et tue.

Elle a semblé sourire, et, plus audacieux,
On se dit : « L'Immortelle est peut-être une femme ! »
Et vers la main de marbre on tend sa main de flamme.

Le marbre a tressailli, la foudre gronde aux cieux !...
Vénus est indulgente, elle comprend, en somme,
Que le désir d'un Dieu s'allume au cœur d'un homme !

Théophile Gautier




   De mes assertions... (de Rosana)  0 commentaire
[22/08/2008 19:13]

 

de mes assertions.jpg

Cette silhouette étiolée, cette chair rance
Qui m'enrubanne et m'outrance
Elle est sculptée dans la pénombre
Le Conte de mes hécatombes

Je m'épuise, du charnel n'éprouve qu'aversion
Silence est mon mot, hideuse infatuation
J'encense la clameur de la survivance
Mais ne peux que subodorer la déchéance

Espérant secrètement à sa floraison
Je m'abandonne cruellement aux soucis de mes oraisons
Mais mon âme renferme les géhennes
D'un passé meurtri, troublantes antiennes

Tenter sans cesse d'éclore
Se laisser aimer, s'affliger encore
Assujettir son corps aux douleurs
Aux souffrances des pâmoisons de mon cœur

Ce moi de chair semble fané
S'efface de l'enveloppe les affres de la beauté
Ma seule assertion en ce monde de mémoire
Est l'indubitable mort, qui ne peut qu'échoir

Je laisse mon corps aux corbeaux, qu'ils me dévorent
Que cesse enfin la culpabilité des torts
La stèle qui sera mienne offrira la trêve
A laquelle j'aspire tant, le doux songe de mon rêve





   La reine infernale... (de Rosana)  0 commentaire
[22/08/2008 19:16]
la teine infernale.jpgElle se redressa. Dans les souterrains où ruisselait l'eau noirâtre, elle avança. Les cavités du dédale étaient profondes et l'écho faisait parvenir des voix stridentes et apeurées des abysses. Mais cette Dame Noire continuait son cheminement à travers les anfractuosités. Elle posa sa main sur une stalagmite et ferma les yeux. Elle entendait la terre qui grondait. Le ventre de cette dernière était en ébullition et bientôt une ère nouvelle commencerait avec la venue d'un autre. Les ombres se mouvaient sur les roches des galeries. Elle ouïssait les oraisons des mères chagrines et les cris affaiblis des âmes des enfants morts. Elle se laissa donc emporter par les songes oniriques et les mémoires passées. Cela, jusqu'à ce qu'une sombre silhouette vienne perturber ses pensées. Une femme petite et hyaline se prosterna devant elle et de ses longs doigts couleur d'ossement, elle prit l'ourlet de la robe de sa reine et y déposa un baiser en signe d'obédience. La Reine Lilith, épouse de Satan, ne daigna pas lever les yeux vers elle, qui n'était autre qu'une femme succube et aucune parole ne vint franchir ses lèvres.
-Le Prince qui appel à la mort est arrivé Dame Ombreuse.
Elle fit un succinct signe de tête et un gestalt gracieux fût son assentiment. La femme se retira après s'être inclinée une seconde fois. La Reine Lilith s'en retourna jusqu'au trône d'if où elle seyait en attendant de retrouver les privilèges d'antan. A peine y prit elle place, qu'un homme drapé d'une longue cape noire entra dans l'antichambre et vint à sa rencontre. Il ne se plia pas aux règles de la bienséance, ce qui intrigua la Dame Noire. Il se contenta de la dévisager silencieusement. Cette épouse maudite était à sa manière secrète d'une très grande beauté. Ses longs cheveux noirs aux reflets de sang, entouraient comme un linceul son visage lactescent. Ses grands yeux d'ébènes aux éclats irisés d'opale fixaient l'inconnu qu'elle avait fait mander.
Elle l'incita à parler.
-Vous souhaiteriez que je vous vende mes services ? Ce en quoi j'excelle ? Cependant dans votre lettre vous affectez un prosaïsme auquel je ne puis tout à fait croire.
Elle inclina son visage sur le côté, l'observant avec curiosité et attendit la suite :
-On me nomme le Prince qui appel à la mort et ce surnom n'est autre que le pâle miroitement de mes désirs ténébreux. Si vous désirez m'obliger à vos faveurs, alors donnez moi la preuve que je puisse vous croire.
La Reine Lilith se leva et avança près de lui :
-Ce genre de spéculation m'agace prodigieusement, dit-elle d'une voix atone. Vous autres guerriers de l'ombre, vous êtes par moment d'un pédantisme tellement affreux.
Elle était à présent si proche de lui, qu'elle le frôlait presque. Il était resté immobile, la main posée sur le pommeau de son épée runique.
-Ne m'épargnez pas vos avanies Prince et révélez moi le souhait dont rêve votre âme.
Ce fut alors qu'il la prit par les épaules et écrasa sa bouche vermeille de ses lèvres exsangues.
Il la sentit se raidir et il la relâcha :
-Croyez en ma gratitude, ricana t-il.
Avec un sourire de ses lèvres ambrées elle dit d'une voix douce :
- Vous venez de sceller votre existence à mes désirs. Je suis Lilith la Dame de Satan et vous venez de pactiser avec l'épouse de l'Empereur ténébreux.
Il trembla, soudain conscient de l'acte impardonnable qu'il avait commit. Elle avait exaucé son souhait et en échange, il lui offrait sa vie. Elle remonta l'estrade et reprit place sur le trône.
-Il n'y a pas de salut en ce monde. Seulement un funeste destin pervers.
Elle porta une main à sa bouche pour masquer son sourire :
-Toute vie va à toute fin utile périr.




   L'union Funèbre (de Rosana)  0 commentaire
[22/08/2008 19:22]
l'union funèbre.jpg
La brèche qui s'ouvrait d'un monde à l'autre cracha les deux amants de la mort, dans la forêt brûlée. Il n'y avait autour d'eux que des troncs calcinés et noircis, tandis qu'ils foulaient d'un pas léger le parterre de cendres froides. L'épée Gloriam était redevenue l'aigle qui prit son envol, sa liberté retrouvée. Les lunes blêmes resplendissaient et leurs luminosités douloureuses éclairaient le paysage consumé. Il faisait froid. Sehlvyan posa sa main aux longs ongles pâles sur la gorge de sa Dame. Il la souleva et tourbillonna, la chasseresse ceinte entre ses bras. Danse macabre. Ils sourirent. Il la déposa doucement sur le sol. Puis il prit sa main et ils s'enfuirent. La forêt calcinée offrait de merveilleuses cachettes. Cavités dans les troncs morts, qui devinrent des havres. Sehlvyan s'allongea près d'elle et caressa tendrement les longues boucles brunes de sa Dame. Elle contemplait la nuit. La flagrance de mort qu'elle humait, excitait ses sens. Il posa ses lèvres dans son cou.
-Dame Sombre, votre ardeur me conjure de vous prendre, murmura t-il. Me consentez vous à m'étancher du nectar vermillon ?
Elle s'assit noblement et apposa ses doigts sur la bouche du vampire.
-Mon amour, je te mande de faire silence. Nul vouvoiement ne doit s'échapper de ton souffle à mon égard.
Sehlvyan sourit et emprisonna les poignets de Rosana, afin de la maintenir au sol. D'une main, il la tenait et de l'autre la caressait. Elle ferma les yeux.
-Pourquoi ma Dame ?
-Puisque je suis tienne...
Elle laissa cette phrase en suspend, sans la terminer. Un sourire énigmatique se fendit sur son visage. Elle leva sa figure vers lui et l'embrassa. Doucement, la bouche du vampire descendit sur sa gorge. Il lui tenait toujours les poignets.
-Que de ferveur mon âme donne à ta mortification.
De ses dents effilées, il perça la chair d'albâtre de la chasseresse. Un gémissement allègre s'échappa de la gorge de Rosana. Il avait traversé son sein, pénétré son cœur. Les lèvres de Sehlvyan débordaient du liquide sanguinolent. Il posa sa main sur le cœur de la jeune femme et ses ongles le transpercèrent. La Dame en Noir tenta de se débattre, mais jamais telle faiblesse n'avait enrubannée son être. Elle mourrait une seconde fois. Son esprit ne parvenait plus à commander son corps.
-Sehlvyan, murmura t-elle tremblante de douleur.
Il sectionna le cœur en deux de sa promise et porta l'une des moitiés à sa bouche.
-Je m'incombe le devoir d'être ta dernière seconde. Je serais seul à ouïr tes silences et tes plaintes.
Le vampire avala le cœur de son aimée.
Puis il porta ses mains à sa gorge. Lui-même tremblait et vacillait. Il se laissa tomber à côté d'elle. Lui prit la main et la lui serra. Des corbeaux, oiseaux de mauvais augures disait-on criaient. Ils volaient au dessus des amants de la mort, tandis que le couple macabre se mourrait. Elle ne bougeait plus et contemplait en silence les lunes, tandis que le sang s'écoulait de ses lèvres, de ses yeux et de ses oreilles en filets écarlates. La main libre posée sur son cœur, elle pouvait encore le sentir battre faiblement alors qu'il était meurtri. Par quel prodige battait-il encore ? Son entendement sentait ses sens en perdition. Elle vit Sehlvyan être prit de convulsions. Lui aussi semblait souffrir. Les yeux de la Dame commençaient à se fermer. Puis, il s'immobilisa soudain. Il retira avec maladresse son manteau et sa chemise. La douleur se faisait toujours aussi accablante. Il ramena ses ongles à son torse lactescent et déchira de ses griffes acérées, sa chair. Le sang jaillit et elle tourna la tête vers lui, ouvrant ses lèvres pour boire le liquide qui, espérait-elle, pourrait la sauver de cette prochaine mort. Les oiseaux hurlaient et descendaient de plus en plus bas vers eux. La main de Sehlvyan pénétra la blessure de son torse et il la ressortit tenant précieusement un morceau de son cœur à lui. Il l'amena aux lèvres de sa Dame et l'implora en ces termes :
-Tu demeures au seuil de la mort. Si tu n'ingères pas ce morceau de cœur mon aimée, tu nous condamneras tous les deux...
Le regard de Rosana se voila et il la prit contre lui.
Il posa la moitié de cœur sur les lèvres et elle l'absorba doucement. Elle-même fit les gestes du vampire et porta ses mains à sa gorge. Se convulsionnant de douleur, elle ne vit pas sa plaie à la poitrine se refermer, tout comme celle de son amant et elle ne le vit pas sourire. Les afflictions cessant leurs peines, elle resta figée à regarder le ciel clair et étoilé. Les lunes baignaient de leur aura blême, cette scène sinistre. Sehlvyan posa son visage sur les seins de la chasseresse et il murmura :
-L'on nomme ce gestalt souffreteux : l'union funèbre. Je vis en ton sein et toi dans le mien. Nous sommes les complices d'une oraison macabre. Nous sommes à jamais un.
Elle ferma ses prunelles noires.
-Je sens battre ton cœur.
Il sourit et riva ses lèvres aux siennes.

   Sehlvyan & Rosana (de la Dame)  0 commentaire
[22/08/2008 19:34]

Sehlvyan & Rosana.jpg

L'idée d'un blog pour présenter surtout deux de mes personnages... Ils hantent mon esprit bien souvent.

Il y a déjà presque huit ans, que j'ai eu la véritable révélation de l'écriture. Depuis que j'ai été en âge de tenir un stylo et savoir écrire, je peuplais les feuilles de mondes étranges... pourtant c'est à la mort d'un frère de coeur et à la naissance d'une soeur que la fée de l'écriture s'est penchée sur moi... (J'espère qu'il s'agissait de la fée Clochette)

L'idée de Rosana a prit une ampleur incroyable en moi dès le départ. Elle serait mon double... mon autre moi. Alors a commencé à germer dans ma tête un monde qui lui correspondrait... des personnages insolites. Durant longtemps, Rosana est restée seule... Elle avait des amis... mais il lui manquait un être pour la combler et la désespérer. Moi même j'ai rencontré une personne qui a tenu ce rôle... Je compte taire son nom. Il était l'inaccessible-accessible...

Aussi, un personnage est venu à la rencontre de Rosana et il s'est doucement formé. Au départ, il était presque d'une banalité affligeante et puis au rythme de mes blessures, il est devenu plus profond et de plus en plus sombre... Sa façon de parler, son cynisme, son sadisme, sa beauté...

Il est devenu un personnage insolite qui m'a hanté bien plus que ce que j'aurai pu l'imaginer. Sehlvyan est devenu mon autre... Rosana étant moi.

Que d'aventures vivent ces personnages...

Bientôt, je vous dirai certainement ma façon de voir l'amour... Mais pour le moment... Je préfère vous décrire l'amour qu'éprouvent Rosana et Sehlvyan.

Rosana est humaine... (bien que dans le passage du dessus elle ne le soit pas) Lorsqu'elle rencontre Sehlvyan... il n'éprouve rien d'autre que l'attirance de la chair... pour se sustenter. Plus tard, cependant, la rencontrant de nouveau, il s'en éprendra. Mais là commence toute la complexité. Elle est humaine, comme toutes les victimes de Sehlvyan. Chaque fois qu'uen femme lui cède, il la tue. Il sait que Rosana n'échappera pas à cette règle si elle lui cède... Aussi commence un jeu entre les deux êtres... Il la courtisera à jamais... Et elle devra toujours lui résister ou... Mourir...

La quintologie que j'ai écrite ne tourne pas autour de cet amour, mais plutôt d'une quête concernant des entités, des objets, une prophétie et la complexité des relations entre les personnages... Pourtant, et je sais cela à force d'avoir présenté mes écrits... Sehlvyan remporte un grand succès autour des lecteurs et la relation Sehlvyan/Rosana suscite souvent un grand intérêt...

Le titre de ce blog tourne bien entendu autour de ces deux personnages... Voici un bref résumé concernant l'histoire de mes deux amants de la mort.


   Les Anges Funèbres (de Rosana)  0 commentaire
[22/08/2008 19:40]

Les anges funèbres.jpg

Les Enfants Outragés Peuvent-ils Aimer ?


Petite fille aux yeux pâles et aux cheveux blonds. Douceur éternelle d'une existence onirique. Elle s'appelait Lucie et n'avait pas cinq ans. Sa vie était aussi délicieuse qu'une friandise. Elle vivait dans un grand château bordé d'une forêt et de champs de coquelicots. N'était-elle pas la plus délicate des petites filles, quand elle se berçait sur la balançoire avec grâce et que ses volants ondulaient au rythme du vent ? Elle ressemblait à une poupée avec ses collants blancs, ses chaussures vernies et son visage de porcelaine arrondie avec finesse ; ses cheveux d'or ornés d'un serre-tête et ses rubans. Oui n'était-elle pas la plus douce de toutes les enfants ? Mais d'autres gens en avaient décidé autrement et son enfance devait voler en éclat. La douceur chimérique devait être remplacée par la dure réalité. Les adultes _ vous savez, ces êtres aux pensées noires qui dérobent vos rêves pour vous faire devenir plus rigide que des automates_ allaient-ils lui ravir la quintessence de son innocence ou serait-elle sauvée de ce destin cruel et perfide...

Ses parents, de riches bourgeois étaient accueillis partout dans la bonne société. Plus tard, elle épouserait un Duc ou un Comte, cela dépendrait des gens qui se précipiteraient pour la mander en mariage. Lucie était très jolie. Trop jolie peut-être pour exister dans ce monde. Déjà des hommes avaient prévu de l'enlever à ses parents, à sa famille. Des nobles, aisés qui discutaient avec son père du futur projet de mariage. Et le Baron était trop heureux qu'elle soit déjà le centre de convoitise. Elle le plus bel ornement de la famille. Elle qui demeurait dans un monde de rêve, ne voyait pas la ville et toute sa puanteur, son escobarderie et sa mesquinerie. Lucie, lorsqu'elle avait mal se tournait vers sa nourrice et disait :
-J'ai une blessure au bras, tu fais un bisou dessus ?
Bien entendu que la gouvernante se penchait sur elle et qu'avec un sourire elle effaçait le mal. Comment résister à une petite fille aux yeux pâles ?

On n'y résistait jamais...

Madame la Baronne avait ordonné que l'on tresse la petite fille pour cette soirée exceptionnelle. La petite fille serrait les dents, parce que ça la tirait, mais c'était normal, on lui mettait des rubans. Ce jour, était l'anniversaire de la grand-tante Catherine. On ne se dérobait jamais à une invitation de la vieille dame, qui était un symbole dans la société. Elle était la porte parole de tous les bourgeois. Elle connaissait tout le monde et tous la respectaient avec une admiration hypocrite. Lucie avança vers son père. Il lui dit qu'elle était ravissante. Ils montèrent dans la voiture et se mirent en route. Elle aimait les chemins sablonneux, bordés des verts pâturage.

La demeure de la grand-tante Catherine était fabuleuse. Son architecture entre le gothique et le roman. Le cocher les déposa sous le porche et ils entrèrent alors dans le château qui faisait au moins le double du leur. Il y avait plein de monde. Ils discutaient, riaient, épiaient et tentaient de se faire valoir auprès des grands. La petite Lucie aurait voulu s'agripper à la crinoline de sa mère, mais ça ne se faisait pas. Elle fit la révérence pour plaire à ses parents et montrer sa belle robe. Ce fut lorsqu'elle eut fini de dire bonjour à la grand-tante et aux amis de la famille, qu'elle sentit son cœur battre vite. L'ombre se pencha à l'oreille de son père et lui murmura quelque chose en regardant la petite Lucie. Elle aurait aimé crier à son papa qu'il ne fallait pas s'approcher de l'ombre, mais il se mit à rire avec lui. Alors elle recula. Mais sa maman lui prit la main et déclara avec douceur qu'elle pouvait aller jouer avec les autres enfants.

Où ça d'autres enfants ? Il n'y en avait nulle part. Puis elle en vit un, assit sur une chaise qui balançait les jambes. Il avait l'air plus grand qu'elle. Il avait au moins presque sept ans. Que c'était grand pour Lucie. Mais qu'est-ce qu'il avait l'air triste. Et il était si pâle, presque maladif avec son teint blafard, ses grands yeux verts et ses cheveux noirs. Avec sa chemise blanche à flanelle et son pantalon à pince, il était très beau. Lorsqu'il la vit, il lui fit un grand sourire et elle lui demanda :
-Quel est ton nom ?
-Moi, c'est Peter et toi c'est Lucie.
-Comment tu le sais ?
Il fit un autre sourire :
-Moi je sais tout.
La petite fille fronça les sourcils et lui dit avec scepticisme :
-Moi je ne crois pas.
-...
Voyant qu'il ne répondait pas, elle lui prit la main et déclara égayée :
-Allons jouer !

Peut-être avait-elle oublié l'ombre ce soir là, car elle joua toute la soirée avec son nouvel ami. Elle ne savait rien de lui, sinon son prénom, car dès qu'elle lui posait une question, il se taisait. Mais ce n'était pas important. Savoir d'où l'on vient, sa vie passée, ça ne l'est jamais pour les enfants innocents.

Lorsque survint la fin de la soirée chez grand-tante Catherine, il arriva inévitablement le moment où Peter et Lucie devaient se quitter. Elle s'approcha de ses parents qui l'appelaient et elle voulut leur présenter ce nouvel ami. Mais Peter lui annonça qu'ils ne pourraient pas le voir, car les adultes ne le voyaient jamais.
-Mais si, répondit la petite fille aux yeux pâles.
Elle tira sur la manche de sa chemise à flanelle et dit à ses parents en le présentant :
-Voici Peter, c'est mon ami.
Les parents la regardèrent silencieux. Puis ils se mirent à rire avec les autres invités :
-Oui, disait son père, Lucie à beaucoup d'imagination.
-Ne vous inquiétez pas, renchérit sa mère, elle fait cela afin de se rendre intéressante.
Lucie voulut insister, mais son papa la gronda vertement :
-Je ne veux plus t'entendre raconter de mensonges.
Les autres gens riaient. Gourmandise amère. La petite fille demeura interdite et se tourna vers le petit garçon qui haussa les épaules :
-Les adultes ne me voient jamais, mais toi je te reverrai sans doute...
Elle se pencha pour lui donner un baiser sur la joue, mais son père la tira par le bras.
-Viens Lucie ! Allons dire au revoir à grand-tante Catherine. Nous y allons !
Il ne fallut que quelques instants pour qu'elle perde de vue son ami, et lorsqu'elle désira le revoir, il avait disparut. La petite fille aux yeux pâles parut déçue.

Lucie prit peur lorsqu'elle vit l'ombre monter avec eux dans la voiture. Le chemin du retour se faisait moins gaie. Elle se terra dans son fauteuil, son visage laiteux dans la crinoline de sa mère, elle faisait semblant de dormir. En réalité, elle fermait les yeux très forts pour ne plus le voir.

Maintenant, c'était l'heure de Morphée...


   A l'heure de Morphée (de Rosana)  0 commentaire
[22/08/2008 19:42]
La petite fille avait un secret. Un terrible secret qu'elle gardait au creux de son cœur. Elle n'aimait pas aller dormir dans sa chambre aux milles jouets. Son lit à baldaquin lui faisait horreur le soir, bien qu'il soit rose et blanc comme elle l'aimait. Il n'y avait que son lapin en peluche qu'elle adorait retrouver lors du coucher. La gouvernante la mit au lit et souffla les bougies. La lune était pleine et radieuse. Elle éclairait de sa merveilleuse nitescence la chambre d'enfant. Lucie vit la gouvernante refermer la porte et elle fut plongée dans les ténèbres. Heureusement que la Sphère argentée qui veillait toujours sur elle était là.

Plus de bruits dans la demeure. Le Baron monta les escaliers pour aller se coucher. Il était le dernier à rester éveillé. Ce soir, cela avait été une belle réception. Soudain l'ombre arriva derrière lui...

-Ah, tu m'as fait peur Charles, dit-il une main sur le cœur en reconnaissant la personne qui s'était glissée derrière lui.
-Toi aussi, répondit l'autre en lui posant une main sur l'épaule. J'allais très certainement retrouver le sommeil, mais puisque te voici je voulais te féliciter.
-Me féliciter ? Le questionna le Baron étonné.
Le dénommé Charles esquissa un sourire énigmatique.
-Oui, pour avoir une enfant aussi délicieuse.

Lucie avait remonté sa couverture jusqu'au dessus de son nez. Elle ne dormait jamais quand l'ombre était là. Elle attendait terrifiée. Soudain, sa fenêtre sembla s'ouvrir toute seule et elle voulut pousser un cri, qui s'étouffa dans sa gorge. Alors elle se cacha sous ses draps. Elle avait cru voir une silhouette et il faisait si froid. Si froid... Puis elle sentit qu'un être s'approchait. Mais ce ne fut pas la voix veloutée d'un homme, mais celle d'un petit garçon.
-Lucie, c'est moi ! N'aies pas peur.
La petite fille souleva ses couvertures et s'écria soulagée :
-Peter !
Le petit garçon se retourna visiblement inquiet vers la porte et il souffla :
-Chut, il ne faut pas nous entendre.
Il s'assit sur le lit.
-Comment es tu arrivé là ? Demanda la petite Lucie.
-C'est magique. Murmura t-il.
Il regarda de nouveau la porte :
-L'ombre ne pourra pas entrer ce soir parce que je suis là.
L'enfant se tétanisa :
-Tu sais pour l'ombre ?
-Oui, je t'avais dit que je savais tout. Mais moi je suis ton ami.
-Il ne pourra pas ?
-Non, pas tant que je serais là...

On tenta de forcer la poignée de la porte. Lucie se terra de nouveau sous les couvertures. Mais comme l'avait promit Peter, l'ombre ne pu entrer. Elle abandonna et il n'y eut plus aucun bruit durant un moment.
-Lucie ? Lucie ? Appela l'ombre dans un murmure.
La petite fille trembla prête à pleurer.
-C'est moi, ton oncle Charles ! N'aies crainte mon enfant ! Viens ouvrir à l'oncle Charles !
Peter alla chercher la petite main chaude de Lucie sous les draps et serra ses doigts :
-Il va partir et te laissera tranquille ce soir.
Comme Peter l'avait promit, il abandonna et la partit.

Elle sembla apaisée. La petite fille regarda son ami et lui demanda d'une petite voix :
-Comment tu savais que l'ombre allait partir ?
Peter sourit et ses yeux verts étincelèrent :
-Parce que je sais tout.
Elle se rendit compte que la main du petit garçon était glaciale :
-Tes doigts sont tous froids, comme ma chambre...
-Je sais. Répondit mystérieusement Peter.
Il était de nouveau triste.
-Tu sais, avant ici c'était ma maison ?
La petite fille fronça les sourcils :
-Tu es mon ami, même si tu n'es qu'un menteur.
-Pourquoi tu me traites de menteur ?
Elle croisa les bras :
-Parce que tu ne peux pas avoir habité ici, car je suis née dans cette maison et qu'il n'y avait pas de bébé en même temps que moi.
Il soupira :
-Tu commences déjà à grandir et à essayer de penser comme les adultes. Ce n'est pas grave, je t'aime quand même.
-Tu m'aimes ?
Peter fit un sourire en coin :
-Oui, mais je préfère quand tu crois aux rêves.
-Mais je crois aux rêves ! Se défendit la petite fille indignée.
-Je sais, mais ça se perd avec l'âge et après tu veux avoir les preuves...
-Les preuves ?
- Les grandes personnes ont besoin d'avoir des preuves pour croire. C'est pour ça qu'ils n'ont pas de but à leur existence.
Lucie était abasourdie :
-Je ne comprends plus rien.
-C'est normal. Mais dans le monde d'où je viens, on comprend tout et on vient voir les petites filles comme toi...
-Tu viens d'un autre monde ?
-Oui, un monde magique ! Le même qu'il y a dans ta tête...
-Ca existe un monde avec pleins de jouets partout ?
Il acquiesça d'un hochement de la tête. Elle tapa dans ses mains.
-C'est le monde des enfants, c'est ça ? Il n'y a que des petites filles et des petits garçons, de belles rivières, des fées, des glaces et des bulles qui se baladent, des papillons qui viennent dans les cheveux et des chevaux et des...
-Oui. Il y a tout ça, sourit Peter.
-Tu pourras m'y emmener ?
-Ce n'est pas encore le moment.
Lucie ouvrit grand ses yeux pâles :
-C'est quand le moment ?
-Bientôt. Mais il faudrait pour ça que tu n'aies rien à regretter.
-Regretter ?
-Oui, car lorsqu'on va là bas c'est pour ne plus revenir et on laisse nos parents ici. On ne les revoie plus jamais.
-Jamais ?
-Jamais.
La petite fille prit sa peluche dans ses bras :
-Alors je ne veux pas venir avec toi.
Peter inclina son beau visage blanchâtre sur le côté :
-Je sais, c'est pour ça qu'il faut attendre.
Lucie s'allongea et ferma les yeux. Elle était si fatiguée.
-Dis ? Fit elle à Peter. Tu restes avec moi pendant que je dors?
-Oui.
-Toute la nuit ?
-Toute la nuit.
-Toujours ?
-...
Il demeura silencieux et pour la première fois il répondit :
-Je ne sais pas.

Un cri fut poussé. Un objet sur le sol fut cassé. Les domestiques du château se mirent tous à crier. Ce fut la panique. La Baronne s'évanouit et l'on entendit la gouvernante brailler :
-Le Baron a été assassiné ! Le Baron a été assassiné !

A l'heure de Morphée.jpg


   Le serre tête (de Rosana)  0 commentaire
[22/08/2008 19:47]
Le serre tête.jpg
Cette petite fille aux yeux pâles n'avait encore jamais vu d'enterrement. C'était si singulier avec tous ces gens vêtus de noirs, qui frottaient des mouchoirs sous leurs yeux. Elle était triste elle aussi, mais sa maman lui avait dit que son papa était partit au ciel avec les anges. Si il était avec des anges, en fait ce n'était pas si grave. En plus ils jetaient plein de fleurs sur la grosse boite oblongue ou l'on avait mit le corps de son père. Elle était désolée. Elle aurait tant aimé tresser des couronnes de fleurs, plutôt que de les ensevelir sous la terre. De voir tout le monde pleurer l'ennuyait. C'était vrai ça, il faisait si beau. Lucie avait envie de danser dans les champs de coquelicots. Puis elle vit Peter. Il était habillé d'un rouge sombre. Il lui souriait et elle le trouvait beau. Ca lui faisait tout chaud au cœur quand elle le regardait.

-Voyons Marie, dit l'oncle Charles à la Baronne devenue veuve. Il est normal que vous éprouviez de l'inquiétude pour votre fille, lorsqu'elle parle toute seule dans sa chambre et se met à rire pour un rien. Mais elle a été troublée par la mort prématurée de son père et vous devriez lui laisser du temps. Seul lui pourra l'aider à guérir sa blessure... De plus, quand nous aurons retrouvé l'assassin de mon frère, tout cela ne sera plus qu'un mauvais cauchemar. Pour que je puisse vous protégez, laissez moi demeurer à vos côtés.

-Ce soir, tu restes avec moi Peter ? Demanda Lucie en tenant la main de son ami qui semaine après semaine devenait diaphane, presque transparente. Il paraissait devenir aussi lumineux qu'un spectre et pourtant son image s'effaçait.
-Oui, mais bientôt tu devras décider de partir avec moi ou de rester. Car après il sera trop tard et je ne serais plus là.

Tous les soirs, l'ombre tentait de forcer la porte... en vain.

La gouvernante coiffait la petite fille. Elle lui mit un serre-tête dans les cheveux au moment ou sa maman entrait :
-Que tu es ravissante ma chérie, s'extasia la baronne Marie.
Lucie se tourna vers elle et dit de sa petite voix :
-Tu dis comme papa.
La veuve tressailli et s'assit sur un fauteuil. Elle contempla son enfant. Qu'elle était belle sa petite poupée aux yeux clairs.
-Papa te manque ?
-Oui, mais s'il est bien là haut avec les anges, ce n'est pas grave.
-Tu voudrais un autre papa ?
La petite fille demeura muette et elle fronça les sourcils. La Baronne regarda la nourrice et lui apprit d'une voix égayée :
-Je vais me remarier !
-Avec qui madame ? Demanda poliment la gouvernante.
-Avec le frère de mon défunt mari.
Sa mère se tourna vers Lucie :
-Tu entends ma chérie, ton nouveau papa sera l'oncle Charles.
La petite fille tomba à genoux.

L'ombre allait être son nouveau papa. Ce n'était pas possible. Pas lui. La petite fille serra son lapin en peluche contre elle. Elle restait silencieuse. Puis elle alla dans le bureau de son papa. Il y avait son portrait au dessus de la cheminée. Elle aimait le regarder. L'enfant ne pleurait pas. Avait-elle encore des larmes ?

La petite fille chercha dans le tiroir du bureau quelque chose qui pourrait lui rappeler son papa. Le vrai, celui qui était avec les petits anges. Pas le faux, pas l'ombre. Elle souleva des papiers et des papiers et des papiers, puis une photo glissa sur le tapis. Lucie se baissa et la prit pour la regarder. C'était une photo de Peter.

Doucement elle se faufila dans les couloirs pour aller jusqu'à sa chambre. Mais c'est là qu'elle perçut la voix de l'ombre et malgré sa peur elle écouta. Il parlait à voix haute, fêtant seul un évènement qui semblait l'avoir réjouit. Il avait un verre de vin à la main et buvait tranquillement.

-Jamais mon plan n'aura été aussi ingénieux ! Souffla l'oncle Charles. J'ai tué mon frère et je le remplace dans le lit nuptial profitant et de l'immense fortune et de sa charmante veuve. De plus, il ne me reste plus qu'à élever la petite fille comme je l'entends...

Elle regardait par-dessus le balcon. Elle était au troisième étage et il neigeait. C'est là qu'elle le vit. Son Peter, souriant et maladif. Il disparaissait doucement et elle avait les yeux emplis de larmes. Elle tendit la photo :
-C'est toi, ici ?
-Oui.
Il avait décidé de ne pas lui mentir, tandis qu'il volait au dessus d'elle. Il entra dans la chambre en lévitant et se mit debout.
-Pourquoi ? Murmura t'elle.
-Cette photo devait se trouver avec les derniers objets qui restaient dans cette demeure avant que tes parents n'emménagent.
Il fit un sourire en voyant son regard troublé :
-Je t'ai dit que j'étais magique. Conta t-il. Je ne t'ai pas mentit, mais en réalité ce n'est pas une magie normale. C'est la magie de ceux qui sont morts Lucie.
-Comme papa ?
-Oui.
-Tu es un fantôme ?
-Oui.
-Tu es mort alors ?
-Oui.
Il esquissa un douloureux sourire :
-Cette maison c'était la mienne. Je jouais dans le jardin et j'ai attrapé froid. Je suis mort d'une maladie pulmonaire il y a des années de cela, dans cette même chambre. Je suis parti dans le monde des rêves, jusqu'au jour où j'ai entendu la voix d'une petite fille qui m'appelait. Toi Lucie. Je suis revenu pour toi. Pour t'amener avec moi si tu le désires.
La petite fille recula :
-Si je pars avec toi, je reviens plus ?
-Oui.
-Alors non.
Il soupira et s'approcha d'elle. Il lui caressa les cheveux :
-Tu ne sais pas ce que tu fais.
Ses yeux verts étaient illuminés d'un éclat irréel.
-Si, s'indigna t'elle en serrant son lapin en peluche. Parce que si je pars je vais laisser maman toute seule et je ne veux pas.
-Si tu ne pars pas, c'est toi qui seras toute seule.
Elle baissa les yeux :
-Tu ne restes pas ?
Il lui prit la main :
-Non, parce que les adultes feront de toi une personne comme eux.
-Ca veut dire quoi ?
Il répondit avec tendresse :
-Que tu oublieras le monde des rêves.
-Ce n'est pas possible ! S'écria t'elle.
Peter attrapa le serre-tête qu'il y avait dans les cheveux blonds de Lucie.
-Si, regarde ça a déjà commencé.
Il lui enleva le serre-tête et les cheveux de Lucie furent libres.
-Tu vas partir ?
-Oui, je disparais déjà.
-Je ne veux pas que tu t'en ailles.
Peter fit un sourire plein de souffrance :
-Je dois rejoindre le monde des rêves.
-Non Peter, je t'aime et je ne veux pas que tu partes.
Elle lui donna un baiser sur la joue. Celui qu'il n'avait jamais pu recevoir, parce que son père lui avait prit le bras pour la ramener à la réalité. Il rougit :
-Moi aussi je t'aime. Mais...
Il tourna la tête. Elle ne savait pas que les morts pouvaient pleurer. Il serra très fort le serre-tête.
-Tu dois choisir.
Elle sanglota :
-Je reste.
Le serre-tête tomba sur le sol. Il avait disparut. Le cœur de la petite fille aussi...

   Un monde de rêve... (de Rosana)  0 commentaire
[22/08/2008 19:49]
Elle était cachée sous les couvertures. Il allait venir. Elle le savait. A présent Peter n'était plus là pour l'empêcher d'entrer avec sa magie. Le rêve était fini et la réalité reprenait le dessus. Elle serra sa peluche. Lucie tremblait comme jamais. Elle était au bord des larmes et la pâle lune hivernale brillait sur la chambre et tirait des objets, de longues ombres sinistres. Mais ce n'était pas ces ombres là qui lui faisaient peur. C'était celle de l'oncle Charles. Elle entendit des bruits. Il allait monter les escaliers et traverser le couloirs pour venir dans sa chambre la prendre. Elle sortit de son lit et tenta de trouver une cachette. Lucie n'avait jamais été aussi affolée...

Il n'y avait pas d'endroit pour se cacher. A part sous le lit, mais elle était certaine qu'il la retrouverait. Alors elle se laissa glisser sur le sol et serrant son lapin en peluche contre elle, Lucie se mit à pleurer. Elle étreignit si fort son lapin, si fort...

Les bruits de pas dans l'escalier...

L'enfant aux yeux clairs tremblait de tous ses membres, ses dents claquaient, tandis que les marches craquaient sous le poids de cet homme. Ce poids qui l'écraserait bientôt. Or elle croisa les mains comme pour une ultime oraison et elle chuchota avec toute la force de son désespoir :
-Peter ne me laisse pas seule, Peter ne me laisse pas seule !
L'ombre avançait.
-Peter ! Implora t-elle.
Mais il ne venait pas.
-Peter je pars avec toi ! Je pars avec toi !
L'ombre était dans le couloir.
-Peter... dit-elle une dernière fois sa voix se brisant sur des sanglots épuisés.

Ce fut au moment où l'oncle Charles entra, où Lucie cria et qu'il la regarda avec envie, qu'un froid hivernal s'engouffra dans la chambre. La porte se referma et l'ombre fut projetée en dehors de la pièce...

Peter apparut, lévitant au dessus du balcon. Lucie leva la tête. Elle le vit et battit des mains. Se remettant debout avec difficulté elle s'approcha du balcon. Des murmures enfiévrés semblaient envahir la chambre, comme une mélodie funèbre. Elle serra sa peluche plus fortement encore. Peter était transparent jusqu'à ses vêtements. Il faisait un léger sourire en coin et l'attendait les yeux emplis de tendresse.
-Approche toi, chuchota Peter. Viens à moi, car rester m'épuise et je ne pourrais point tenir longtemps.
Elle avança ses mains et tenta de s'accrocher à celles de Peter qui lui tendait les siennes.
Mais elle ne parvint pas à le toucher car ses mains passèrent au travers de celles du spectre.
-Je n'y arrive pas, paniqua t'elle en tentant une nouvelle fois sans succès.
L'ombre se remit à forcer sur la poignée et à crier :
-Lucie ! Lucie ! Ouvre moi c'est un ordre !
Elle était sur le balcon, si proche du bord. Mais lui il semblait si loin et si près. Elle n'arrivait pas à attraper les mains du fantôme.
-Je passe au travers de tes mains, je ne peux pas les prendre !
-Avance encore ! Supplia Peter. Avance. Il faut avancer !
Elle cria désespérée :
-Si j'avance encore je vais tomber !
-Non, murmura Peter. Car je vais te ramener au monde des rêves. Tu peux te pencher sans crainte, je te rattraperai.
Alors elle monta sur le rebord du balcon. L'oncle Charles tambourinait contre la porte, avec fureur. Des gens s'agitaient hors de la chambre. Mais elle était si loin d'eux. Elle ne voulait plus jamais pleurer. Elle ferma les yeux et fit un sourire en coin. Le même sourire que Peter lui faisait et qu'elle aimait bien. Elle passa un pied par-dessus la barrière du balcon et tel un oiseau, elle s'élança vers son monde onirique.

Deux mains transparentes se joignirent. Deux enfants se sourirent. Ils s'aimaient bien plus que ce que l'on pouvait aimer d'ordinaire. Parce que l'on ne pouvait aimer que dans le rêve. Ils furent unis par delà le temps.

La Baronne courut dans le jardin, suivit des domestiques. La neige tombait. La pâle lune d'hiver jetait des ombres merveilleuses. Elle arriva bientôt près de sa chair, près de son sang. L'image lui fut fatale. Pourtant jamais il n'y en avait eu plus belle. Sur la poudreuse immaculée, le corps d'une petite fille aux yeux clairs était tombé. Ses cheveux blonds formaient comme un linceul et même si elle était maculée de sang, au moins un grand sourire flattait son visage d'ange...

Les Enfants Outragés, Peuvent-ils Aimer ?

Un monde de rêve....jpg


   Jack... [sourire... mon ami l'aventurier!] (de Rosana)  0 commentaire
[22/08/2008 19:57]
Jack se tenait sur un banc avec deux de ses potes. Comme d'habitude, il portait à ses lèvres une cigarette pour tirer une bouffée qui le ferait désangoisser. Non, en fait ce n'était pas le stress, c'était plutôt pour s'occuper l'esprit. Cette nuit allait ressembler aux autres. Interminable et blanche. Les réverbères, malgré leur lumière agressive, éclairaient mal les environs. Il rabattit son blouson de cuir usé sur ses épaules en ajustant le col. C'est qu'il caillait la nuit. Entre les trous d'aérations de la surface artificielle et l'espèce de plafond hideux et grisâtre qui leur servait tous les jours de ciel, y avait pas de quoi se réjouir. Courants d'air, nuit et humidité... Ca donnait une autre soirée à se les geler. Mais ça valait mieux que de passer une autre nuit dans la solitude à laisser s'écouler le temps en comptant les minutes.
-Putain ! Pourquoi il répond pas ce con ! Il fait galérer ! Maugréa Sébastien en appuyant une dernière fois sur sa touche de portable, avant que celui ci ne passe en mode messagerie. Il n'allait pas en plus utiliser du crédit pour rien.
-Ouais carrément, répondirent simultanément Ethan et Jack. Ca faisait près de quarante-cinq minutes qu'ils attendaient. En fait, ils étaient presque certains qu'il les avait planté.
-On fait quoi maintenant ?
Ils haussèrent tous trois les épaules. Ils ne savaient pas. Au début, ils étaient toujours bien, mais au fur et à mesure, ils servaient tous de la merde et de plus en plus cher. Puis, Jack les vit. Ils étaient une petite dizaine à marcher, sales et respirant la haine, mais l'air fier et provocateur. Quand ils se déplaçaient en bande cela n'inaugurait rien de bon. A priori, ces sous merdes venaient d'en bas et avaient un petit deal à leur proposer. Advienne que pourra.
-Vous n'auriez pas un plan pour nous ? Demanda Seb en se redressant sur le banc.
Ils avaient là un mélange de choix. Des noirs, des blancs et des beurs... La misère n'est pas raciste.
Un grand noir au milieu du groupe, qui semblait être une sorte de leader répondit :
-T'as combien?
-Vingt crédits, lança Seb.
L'imposant homme sombre ricana.
-C'est trente ou rien.
-On n'a pas plus.
-Bon. Montre.
Jack regarda ses deux comparses. Il se sentait presque vexé d'être pris pour quelqu'un d'assez stupide pour livrer son argent sur un plateau. Dépendant mais pas naïf.
-Non, rétorqua Ethan.
La négociation eut l'air de se finir ainsi, puisque la petite bande fit un signe de refus. Jack et ses potes se levèrent et partirent. Soudain un petit blondinet les rattrapa et dit :
-Attendez ! Bon ok. Faut que celui qui a les thunes aille près de mon pote là bas. Et vous allez régler ça ensemble. C'est bon ?
Seb, le négociant du groupe, acquiesça d'un signe de tête et se dirigea vers l'Homo presque Sapiens précédemment montré. L'albinos commença à leur faire un petit discours.
-Vous comprenez... Vous ne lui avez pas fait confiance, et maintenant il va vous saigner. Reprit le blond.
Et voilà, ils allaient leur donner une dose ridicule. Avec la drogue, le client n'était jamais le Roi. Un a un, c'était réglo. Enfin, ils l'espéraient.
Une voix grave s'éleva de la troupe :
« Hé Blanche-neige ! Viens là ! »
Le blond s'en alla docilement vers sa bande. Jack et Ethan se mirent à l'écart pour observer la rue où Seb et le dealer avaient disparus. Ils ne le voyaient pas revenir. Ca ne sentait pas bon. Ils ne savaient pas pourquoi, mais ils pressentaient un coup tordu. Ils attendirent encore quelques minutes. Cela leur parut durer une éternité...
Jack senti son estomac se nouer.
-Je le sens mal... Vraiment mal... On a été trop cons ! On aurait du y aller avec lui !
Ethan, perché sur un muret de pierre, acquiesça, l'air tendu.
-Ouais, grave... Mais qu'est-ce qu'ils foutent bordel?!

Ils virent soudain le dealer revenir avec deux potes à lui, dont le blond que ni Jack, ni Ethan n'avaient vu partir. Ils les contournèrent pour rejoindre leur meute. Jack sentit son sang affluer rapidement vers son cœur. Ethan sauta du mur. Jack et lui se mirent à courir comme jamais ils n'avaient cru pouvoir le faire. Dans la ruelle où Seb avait disparut, ils hurlèrent son nom, jetant un rapide coup d'œil dans tous les recoins sombres qu'ils croisaient. Puis, ils le trouvèrent derrière un bâtiment. Seb, plié en deux, s'appuyait à un des six énormes tunnels d'évacuation d'eaux usées qui partait du ciel artificiel et parcourait l'immeuble pour s'enfoncer dans l'asphalte. Il se tenait les côtes, le visage douloureux. Jack s'approcha de lui et lui demanda ce qui venait de se passer. Pourtant, il l'avait compris avant même que le jeune homme ne parle.
-Ces connards... Ils m'ont demandé de donner le fric et le portable. J'ai refusé et ils me sont tombés à deux dessus. Ils me filaient des coups de pieds, pendant que le dépigmenté faisait le guet. C'est un voisin qu'à ouvert une fenêtre en menaçant d'appeler la Garde. Ces lâches, ils se sont barrés !

Naïfs.

Jack et Ethan voulurent y retourner. Mais à quoi cela aurait-il servit ? Ils auraient été trois au lieu d'un, à être amochés, voir pire. Dix contre trois, ce n'était vraiment pas égal. Ils soutinrent Seb et l'emmenèrent jusque chez lui. Puis, ils s'installèrent chez Jack, pour une soirée _après riche en émotion_ abondante en alcool. S'il ne pouvait leur faire oublier, l'ami éthanol allait au moins les faire dormir.

   La Complainte de l'Etre de Granit  0 commentaire
[19/09/2008 23:24]

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La Complainte de l'Etre de Granit

Ce jour a sonné le glas... Celle que tu aimais savait que tu ne reviendrais pas. Ton souvenir est glorifié semble-t-il sur cette plaque qu'ils vont m'offrir. Parure factice... Mort pour la Patrie. Mais tu n'avais pas vingt ans et tu étais soldat. Tu n'as pas vingt ans et déjà nous sommes unis, au mépris de l'amour qu'elle te porte...

Un soir, ils t'ont emmené. Tu étais blème malgré le masque du sourire. Des larmes dures sur mon visage sont sculptées dans ma chair de granit. De douces mains aimantes ont cherché à m'éloigner de toi, en vain...

Témoin d'une existence, je puise dans tes souvenirs et je me remémore les discussions, les débats... Tu étais toujours le premier à t'emporter et à verser des larmes de colère et de peine lorsque l'injustice humaine faisait surface. Sensible, tu soulevais les foules, car tu croyais en l'humanité. La guerre...Tu voulais aider les peuples, aider les hommes... Repousser l'horreur... _Mais chers hommes vous n'avez pas écouté les plaintes de la nature, que vous détruisiez dans vos rêves de grandeur et d'humanité... Pensez vous que nous sommes inépuisables?_ La faucheuse attendait. Pour une idée, tu n'es pas le premier tombé... Tu ne seras pas le dernier...

Jadis j'ai veillé les songes de la nature. Roche l'on m'a façonnée à la manière des mortels. Les coups et les incisions étaient souffrances. Après que tu aies souillé la terre, on a fait de moi le gardien de ton sommeil éternel. Je veille à présent ta mort. Comme la terre recouvre ton visage, mon coeur suivra. Homme de chair et de sang, toi qui fus si grand, tu te découvres cadavre et poussière d'ombre, quand sculpture je suis admirée. Tu deviendras le commencement. Mon être tout entier allongé sur ton tombeau, est devenu temple à l'image d'une sépulture. Un être de granit travaillé, une statue de marbre achevée... Sous mes paupières de pierre je pleurerais pour l'éternité...Et le visage de la mort sur mon épaule nous contemple enfin...

Le soir se couchera sans toi...

Ta mort sera ma vie.

 

 


   Le Passeur (1/3)  0 commentaire
[20/09/2008 22:02]

barque LE PASSEUR.jpg

Le Passeur

Avant la nuit...

Je rajustais mon châle sur mes épaules et attrapais ma tasse de thé.  Devais-je encore attendre un jour de plus sans n’avoir sous en poche ? Le journal qui s’étendait devant moi ne contenait aucun travail qui aurait permit de me débaucher. Je n’avais pas vingt ans et j’étais au chômage. La ville se montrait cruelle pour les pauvres. Au moins ma pauvre mère avait eu raison sur un point, j’aurai du rester à la campagne. Mais voilà que j’avais fait ma tête de caboche et que je me retrouvais dans une petite bicoque, perdue dans la grande Londres du début du 20ème et que je demeurais incertaine sur mon avenir.

 

Je suis une fille pauvre moi, avec un accent cockney et je ne suis pas une élégante. Les dames avec les grands chapeaux sont peut-être belles, mais elles me rappèlent cruellement ma condition quand elles posent sur moi ce regard fier. Je sais, je suis moche avec mes mitaines percés, mon foulard dans mes cheveux et ma robe de mal propre. Je suis pas née chez les riches et je dois lever mes fesses tous les matins pour chercher de l’ouvrage. Je pourrais en trouver facilement d’après Jerry, l’apprenti du boulanger. Il me dit d’aller voir à la belle maison de Marie Madeleine. Mais moi je sais ce qu’il y a à la belle maison de cette femme. C’est des dames de Satan avec leurs jupons qu’elles soulèvent facilement et leur maquillage exagéré. Ces hommes, les niais, ils courent tous voir leurs dessous. C’est sûr je pourrai gagner des sous, mais c’est ma bonne mère qui me fouetterait avec des tiges de bambous si elle savait ça. Puis le Seigneur, je ne sais pas s’il me laisserait entrer au paradis après ça.  

 

Je descendais la rue. Nous fûmes soudain plusieurs à sauter sur le trottoir, car un nouveau bourgeois venait d’apparaître dans sa voiture et avait faillit nous écraser. Que je les haïssais. J’avais trouvé du travail chez un cordonnier. Je devais tenir sa maison, car il n’avait pas le temps de faire le ménage et c’était important, parce qu’il recevait les riches bourgeois. J’avais bien nettoyé mes chaussures, car ça aurait été malin si j’étais venue travailler chez lui avec des souliers en mauvais états. Je m’arrêtais devant une porte avec une enseigne « Chez le Petit Henry ».

En réalité, il n’était pas petit du tout et me dépassait d’une tête. Je n’avais jamais compris pourquoi les commerçants écrivaient des choses aussi étranges sur leurs portes. Oui je savais lire et pour une pauvre c’était peu commun. En fait, ça me servait à rien. Les femmes pour les hommes, ça ne pense pas. Je frappais à la porte et on ouvrit.

 

            C’était lui. Grand et trapu, bourru et barbu. Il s’écarta pour me laisser entrer et dit d’une voix grave et bougonne :

-C’est toi la Betty qu’est venue hier ?

-Oui c’est moi. Dis-je.

Il me montra un seau et un balai :

-T’as qu’à commencer. Derrière la remise y a une petite fontaine, que tu pourras y prendre de l’eau pour laver le sol. Puis tu feras à manger pour midi et le soir. T’auras deux sous quand y fera nuit.

Il se gratta la tête.

-Ben j’ai tout dis. Je vais retourner à mes souliers et j’espère bien que tu vas pas m’embêter.  

Je pris le balai et j’attaquai la poussière.

 

            Deux sous par jour. J’étais contente. Mon père je l’avais jamais connu, parce qu’il était mort. Ma sœur aînée aussi avait rejoint le Seigneur à cause de cette maladie qui maintenant attaquait ma bonne mère. Elle était restée à la campagne et c’était la voisine qui veillait sur elle et moi qui envoyait les sous. J’envoyais un sou et j’en gardais un pour moi. Plus tard je reviendrais la voir et je vivrais au village avec elle. Y aurait un gars qui deviendrait mon mari et nous aurions des enfants. J’aimerais qui soit gentil et qui boive pas trop, car après les hommes on les tient plus quand y a l’alcool. Je n’ai pas de grands rêves, car je suis point une sotte. Le prince charmant ça fait longtemps que je sais qui viendra jamais pour moi. C’est que lorsqu’on est princesse qu’on épouse un prince.

 

            Faisait froid. C’était la nuit et fallait tout le temps raviver le feu. Moi je soufflais sur mes mains. J’attendais que le petit Henry me donne mes sous pour que je rentre vite. Sinon j’allais attraper la mort. Je ne devais pas mourir maintenant. Il m’a donné les deux sous et je suis partie. Mais voilà. Quand il fait tout noir, qu’on a froid et faim et qu’on ne sait pas où on marche, on ne voit pas tout. J’ai pas vu la voiture du noble et ses chevaux qui tournaient au coin de la rue.

 

 Lorsqu’il y a eu collision, moi j’ai vu que la nuit et j’ai entendu mon cri.


   Le Passeur (2/3)  0 commentaire
[20/09/2008 22:05]

          Les voeux...    

               J’ai ouvert les yeux. Je n’avais plus froid et je voyais du monde autour de moi. Ils bougeaient de façon étrange, comme au ralenti. Ils étaient tout en blanc et ils avaient des  yeux rouges qui me regardaient méchamment ou tristement. Je ne les aimais pas. Ils me faisaient peur. Des démons, qu’aurait dit ma bonne mère. Je me suis levée et j’ai couru. Je me sentais toute légère et je vous jure que ça fait bizarre. Il y en avait partout des monstres en blanc, mais s’ils n’avaient pas l’air de me voir. Moi je voyais bien qu’ils étaient réels. J’ai continué de courir le long de la  rivière. Sur tous les bateaux, sur tous les trottoirs, partout il y avait les démons. Sauf sur un. Il y avait un homme sur le bateau et il paraissait regarder dans ma direction. Il avait amarré et moi j’ai cru voir qu’il me faisait des signes de la main. Je me suis approchée et je suis montée sur son bateau.

 

  L’homme fit un geste étrange et des voiles superbes et incongrues apparurent comme par magie. C’était si beau que cela ne pouvait être l’œuvre de Satan et je n’eus point peur. Le bateau se mit alors à avancer. L’eau de la rivière, qui était si noire de pourriture, venait de passer à un bleu comme j’en avais jamais vu et voilà que le jour se levait. Beaucoup d’ombres blanches continuaient de bouger sur la rive, mais tout semblait se cacher. Je m’approchais de l’homme qui restait debout, comme s’il observait le ciel pour y voir le Seigneur.

-Dame Betty Pordenone, je serai votre compagnon de voyage et seul votre plaisir importe. Quels sont vos souhaits ?

Il m’avait rendu rougeaude, l’homme.

-Mes souhaits ? Oh mon bon monsieur, il ne faut pas vous inquiéter de la Betty, elle n’est rien qu’une encrassée qui a que deux sous en poche.

Je savais pas comment il avait su mon nom. Mais on pose pas ces questions là à un monsieur comme lui.

-Ma Dame, je me dois de satisfaire vos vœux. Tous vos vœux…

Je le regardais avec de grands yeux. Cet homme était vêtu de vêtements noirs que j’avais jamais vus. Ses yeux étaient cachés sous des mèches de cheveux noires et il souriait avec la compassion d’un prêtre.

-Mes vœux ? Ben monseigneur je ne crois pas que je puisse vous en dire !

Il s’approcha alors de moi et je sentis mon cœur battre vite.

-Si, dit-il, il y en a là.

Il toucha mon front. Soudain ce fut étrange. Une robe de soie bleue vint remplacer mes guenilles. Ma peau sale devint blanche et je me trouvais avec les mêmes bijoux et les voiles que les grandes dames.

-Ce n’est que le premier. Finit-il par avouer en me voyant me regarder dans un miroir qui venait d’apparaître comme par magie.

C’était pas possible que ce soit moi. Même un poète serait tombé amoureux de la Betty, s’il l’avait vue.  Je reculais :

-Vous n’êtes point Satan? Dis-je méfiante.

Il marcha comme une ombre vers la proue du bateau, puis il me dit :

-Satan et Dieu ne sont que des concepts inventés par l’homme pour se forger une morale. Pour qu’ils puissent juger ce qui est le bien et ce qui est le mal.

Il se tourna vers moi :

-Mais vous ne pouvez pas comprendre.

-Je ne suis pas niaise monseigneur et ce n’est pas parce que je suis une malpropre que je ne pense pas!

Il fit un sourire. Je ne voyais toujours pas son regard.

-Deuxième souhait. Souffla t-il.

Il avança alors vers moi à une vitesse surnaturelle et m’empoignant par la taille il me souleva de terre. Nous fûmes alors emportés par le vent et je m’envolais dans ses bras. Je m’agrippais à lui et il continuait de sourire.

-Bien souvent vous avez tous, l’envie d’être libres et de pouvoir voler comme des oiseaux. Mais vous ne saisissez pas, que ce n’est pas cela la liberté. Que la liberté vous ne l’avez que parce que vous êtes entravés.

-Je ne comprends pas ! Hurlais-je.

Il me relâcha et prit ma main. C’était pas lui qui volait pour moi, mais moi qui volais pour lui.  Ce bonhomme exauçait mes souhaits alors ? C’était bien la robe que je voulais petite et faire comme les oiseaux… c’était mon vœu.

-J’ai un autre souhait, lui dis-je.

-Je sais, répondit-il ? Ma dame vous venez de comprendre qu’il s’agissait du dernier, car du plus fort.

-Oui.


   Le Passeur (3/3)  0 commentaire
[20/09/2008 22:10]

Mortelle...            

               J’ouvris les yeux. Mes pieds ne touchaient pas le sol, mais je me baladais dans un jardin plein de fleurs. Faisait bon et c’était beau. Je lui fis un sourire. Ma robe bleue était maintenant blanche. Puis j’vis alors deux femmes. L’une était grande et belle. Elle avait le teint frais comme une crème et les yeux rieurs comme une gamine. Elle tenait par la main, une vieille femme. Je pleurais en courrant vers elles. Ma mère et  ma sœur vivaient et n’étaient plus malades. Je me mis à danser avec elles. Je pu leur dire tout ce que je n’avais jamais pu leur dire. Lui cet homme qui m’avait tout donné, me regardait comme un gueux a qui on vient de donner du pain. Je ne voyais toujours pas ses yeux. Je riais beaucoup.

 

Le soleil se coucha.

 

            Ce fut le moment où il s’approcha de moi et me prit doucement par la taille. J’étais légère et heureuse. Ma mère et ma sœur aussi. Il me serra contre lui. Je voyais toujours pas son regard. Le vent se leva et tout disparut. Ma mère et ma sœur me firent un signe de la main et je me mis à pleurer et à crier. J’voulais pas qu’elles partent et qu’elles abandonnent leur Betty.

 

 Le rêve fit place à la réalité.