- Acte I -
Scène unique
C’est une nuit venteuse. Entre le Boucher, un homme portant un tablier de cuir.
Le Boucher. – Eux et toi prîtes tout ce qui restait d’humain en moi. Eux et moi prîmes tout ce qui restait d’humain en toi. Ces mots d’encre noire sur un lambeau de tissu blanc, résument tout en étant à la fois la cause et la conséquence, le sort funeste enclos dans les étoiles de Londres, et qui vint frapper, tel le miroir des clairs et pâles rayons de lune, les tristes gens de la capitale victorienne. Hormis les noms cités et hurlés, dans chaque rues pavées rougies du soleil béni et de la nuit maudite, le sort ; non comme les petites gens qui n’ont à cœur les oubliés de la société, mais comme Dieu qui glace d’un destin putride chaque âme qu’il fait et défait en ce monde ; n’a point, lui, oublié le nôtre… Ils pensaient, les fous, que l’on pouvait égarer son identité, voiler son nom de tant de ténèbres, jusqu’à ce que finalement nous en venions nous même à l’oublier et qu’ainsi ces ténèbres même, nous dissimuleraient à la face du monde, de Dieu et de sa main vengeresse… Nous sommes en 1889 et mon nom me fût cruellement rappelé par le sort : Kelly… Siward Jeffrey Kelly. J’ai 45 années et durant les vingt derniers printemps dont j’ai pu voir épanouir la grâce, je suis resté muet pour mieux peser mes mots devant deux personnes chères à mon cœur : ma fille, et un jeune garçon que je rencontrais sur mon chemin… Lorsque l’on m’engagea à la White School, en 1869 dans l’ouest Londonien, c’est parce que j’avais perdu le don de parole et que je n’avais point à cœur la perte de mon identité sociale, compte tenu de la faim qui tiraillait mes entrailles amaigries nuit et jour. Cette école Victorienne strictement secrète, avait pour mission d’expérimenter un programme d’enseignement, voué à former de futurs agents secrets britanniques. Les enfants étaient choisis dans les orphelinats par les protecteurs, qui décelaient chez eux les compétences, physiques et mentales, nécessaires à leur réussite. Etant donné que les étoiles célestes n’épargnaient que la moitié d’entre eux jusqu’à l’âge de 5 ans, il n’était point compliqué de les prendre et d’effacer le peu de traces sociales qu’ils avaient… Mon histoire commence avec ma haine, un jour de 1871 où le soleil pu me voir supplier cette école de prendre ma fille, qui devant un refus catégorique ; pour cause de la fortune qui ne l’avait point dotée des aptitudes nécessaires ; se vît renvoyée à l’orphelinat miteux de White Chapel où elle souffrait faim, maladie et violence. Mon envie de survivre, trop forte et égoïste, me permit de voir survenir une grâce du ciel dix hivers après : Un garçon répondant au nom de Jack, le meilleur élève de l’école, qui avait souhaité apprendre à cuisiner ; avec lequel par les entrailles de l’enfer, je pus enfin partager ma haine et même créer la sienne afin de l’asservir, grâce à mon remède. Veuillez prendre patience et voir en ma mémoire troublée, quelle fût ma plus grande erreur, qui en ce jour du 20 août 1888, en cette chambre de Jack à la White School, libéra le destin qui n’est que le fruit légitime enclos en nos actes…