Bonsoir mon tout petit garçon,
Je suis venu te murmurer une chanson,
Un jour je sais que tu grandiras,
Alors il fallait que je te susurre cela…
Le monde qui à tes yeux va apparaître,
N’est pas toujours celui qu’il veut paraître,
Et avant que tu puisses apercevoir à quoi il ressemblera,
Je souhaitais te dire ce que tu y verras.
Les hommes n’ont plus à la bouche que le mot guerre,
Mais aussi les mots cancer et nucléaire,
Car ils semblent très préoccupés par l’espérance de vie,
Très liés aux notions de maladie et de technologie.
Incurable, vieillesse, handicap et sida,
Sont autant de phobies que tu entendras,
Car ce monde a toujours inévitablement craint,
Les limites inéluctables du corps humain.
Et on te parlera de dérèglement climatique et de pollution,
Problèmes pour lesquels on te parlera aussi de solutions,
Puis tu comprendras que tout cela est vain,
Et tu diras que se sont les ancêtres les responsables de cette fin.
Mais avant tu découvriras l’école, les études et les devoirs,
Et j’espère que tu aimeras ce que tu vas y voir,
Mais peut-être aussi y verras tu la violence et le racket,
Et déjà rien que pour cela je te dis sincèrement que je regrette.
Papier, diplôme, contrôle, baccalauréat et certificat,
Voila les mots pour lesquels tu te battras,
Pendant que tu découvriras l’alcool, les cigarettes et le joint,
Auxquels j’espère à nouveau que tu n’y attacheras pas grand soin.
Ensuite partout tu entendras parler travail et pouvoir d’achat,
Ainsi que salaire, échelle sociale et syndicat,
Et si tu es sage on t’épargnera politique et économie,
Tu sais les deux trucs qui régissent notre vie.
Et tu voudras devenir quelqu’un de bien,
Vivre vieux et qu’on dise de toi que tu es un saint,
Tu te trouveras des rêves que d’autres jugeront futiles,
Tu poursuivras des quêtes et des fantasmes inutiles.
Tu rencontreras la drogue et les préjugés,
Les profs chiants et les directeurs mal baisés,
Des gens avec qui tu te lieras de haine ou d’amitié,
Des amours que tu seras peu à peu contraint d’oublier.
De temps à autres tu t’amuseras à brancher la télé,
Et c’est toujours la même rengaine que tu pourras y constater,
Meurtre, viol, famine, guerre et économie,
Sans oublier drogue, gouvernement, santé et pédophilie.
Tu verras des choses que tu jugeras bien,
Tu verras des choses qui te feront du mal,
Tu verras des gens qui aiment plus leurs chiens que leurs propres chérubins,
Tu verras des gens faire de la chirurgie pour ressembler à un animal,
Tu verras des mères mettre leur bébé dans la machine à laver,
Tu verras des hommes en tuer d’autres pour jouer,
Tu verras des femmes faire de la prostitution forcée,
Tu verras des hommes en asservir d’autres pour travailler,
Tu verras les riches crachaient sur les pauvres en pleine journée,
Tu verras les SDF insultaient sans relâche les PDG,
Tu verras un maghrébin enfermé dix ans pour dix grammes de cocaïne,
Tu verras une star enfermée une journée pour un kilo d’héroïne,
Tu verras des CRS tirés au flash-ball sur des étudiants,
Tu verras des maris battrent leur femme et leurs enfants,
Tu verras des artistes travailler toute leur vie pour mourir dans l’indifférence,
Tu verras des fils à papa ne faisant rien et vivant dans la reconnaissance,
Tu verras des télé-réalités faire croire aux jeunes qu’ils peuvent devenir star,
Tu verras des cinémas t’offrir les seules épopées auxquelles tu pourras croire,
Tu verras des parents confiaient la tutelle de leurs enfants à des camps militaires,
Tu verras ces mêmes enfants y mourir sans que les parents ni puissent rien faire,
Tu verras enfin les pauvres se plaindrent de la vie,
Tu verras finalement les riches se plaindrent d’être né ici.
Et quand tu liras liberté, égalité et fraternité,
Tu riras en pleurant folie, injustice et absurdité,
Alors tu sauras quelles sont vraiment tes peurs,
Et tu te demanderas à quoi sert d’attendre ton heure.
Tu voyageras constamment dans le passé,
Tu vivras le présent comme tes ancêtres l’ont fait,
Tu construiras le futur autant que faire ce peux,
Et tu mourras quand le temps te jugera assez vieux.
Alors donnes moi la force de trouver comment me faire pardonner,
Pour tout le mal que je te ferais,
En mettant ta vie entre les mains de ce monde insensé,
Auquel moi-même je fus jadis et suis toujours confié.
Tu sais Peter mon petit garçon,
Je ne souhaite pas briser tes illusions,
Mais avant de me dire qu’un jour main dans la main nous marcherons,
Il me faut impérativement pour cela trouvé une bonne raison.
Car si tu as comme d’autres disent la chance d’être normal,
Je devrais t’enseigner le bien mais hélas aussi le mal,
Parce qu’un jour tu quitteras le pays imaginaire,
Pour faire tes premiers pas hésitants dans cet enfer.
Maintenant je suis penché au-dessus de ton berceau,
Le visage dans les mains et les yeux pleins d’eau,
Je te demande pardon de te parler de tout cela,
Mais il le fallait avant que tu sois un jour allongé là…