
Elle se redressa. Dans les souterrains où ruisselait l'eau noirâtre, elle avança. Les cavités du dédale étaient profondes et l'écho faisait parvenir des voix stridentes et apeurées des abysses. Mais cette Dame Noire continuait son cheminement à travers les anfractuosités. Elle posa sa main sur une stalagmite et ferma les yeux. Elle entendait la terre qui grondait. Le ventre de cette dernière était en ébullition et bientôt une ère nouvelle commencerait avec la venue d'un autre. Les ombres se mouvaient sur les roches des galeries. Elle ouïssait les oraisons des mères chagrines et les cris affaiblis des âmes des enfants morts. Elle se laissa donc emporter par les songes oniriques et les mémoires passées. Cela, jusqu'à ce qu'une sombre silhouette vienne perturber ses pensées. Une femme petite et hyaline se prosterna devant elle et de ses longs doigts couleur d'ossement, elle prit l'ourlet de la robe de sa reine et y déposa un baiser en signe d'obédience. La Reine Lilith, épouse de Satan, ne daigna pas lever les yeux vers elle, qui n'était autre qu'une femme succube et aucune parole ne vint franchir ses lèvres.
-Le Prince qui appel à la mort est arrivé Dame Ombreuse.
Elle fit un succinct signe de tête et un gestalt gracieux fût son assentiment. La femme se retira après s'être inclinée une seconde fois. La Reine Lilith s'en retourna jusqu'au trône d'if où elle seyait en attendant de retrouver les privilèges d'antan. A peine y prit elle place, qu'un homme drapé d'une longue cape noire entra dans l'antichambre et vint à sa rencontre. Il ne se plia pas aux règles de la bienséance, ce qui intrigua la Dame Noire. Il se contenta de la dévisager silencieusement. Cette épouse maudite était à sa manière secrète d'une très grande beauté. Ses longs cheveux noirs aux reflets de sang, entouraient comme un linceul son visage lactescent. Ses grands yeux d'ébènes aux éclats irisés d'opale fixaient l'inconnu qu'elle avait fait mander.
Elle l'incita à parler.
-Vous souhaiteriez que je vous vende mes services ? Ce en quoi j'excelle ? Cependant dans votre lettre vous affectez un prosaïsme auquel je ne puis tout à fait croire.
Elle inclina son visage sur le côté, l'observant avec curiosité et attendit la suite :
-On me nomme le Prince qui appel à la mort et ce surnom n'est autre que le pâle miroitement de mes désirs ténébreux. Si vous désirez m'obliger à vos faveurs, alors donnez moi la preuve que je puisse vous croire.
La Reine Lilith se leva et avança près de lui :
-Ce genre de spéculation m'agace prodigieusement, dit-elle d'une voix atone. Vous autres guerriers de l'ombre, vous êtes par moment d'un pédantisme tellement affreux.
Elle était à présent si proche de lui, qu'elle le frôlait presque. Il était resté immobile, la main posée sur le pommeau de son épée runique.
-Ne m'épargnez pas vos avanies Prince et révélez moi le souhait dont rêve votre âme.
Ce fut alors qu'il la prit par les épaules et écrasa sa bouche vermeille de ses lèvres exsangues.
Il la sentit se raidir et il la relâcha :
-Croyez en ma gratitude, ricana t-il.
Avec un sourire de ses lèvres ambrées elle dit d'une voix douce :
- Vous venez de sceller votre existence à mes désirs. Je suis Lilith la Dame de Satan et vous venez de pactiser avec l'épouse de l'Empereur ténébreux.
Il trembla, soudain conscient de l'acte impardonnable qu'il avait commit. Elle avait exaucé son souhait et en échange, il lui offrait sa vie. Elle remonta l'estrade et reprit place sur le trône.
-Il n'y a pas de salut en ce monde. Seulement un funeste destin pervers.
Elle porta une main à sa bouche pour masquer son sourire :
-Toute vie va à toute fin utile périr.