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La brèche qui s'ouvrait d'un monde à l'autre cracha les deux amants de la mort, dans la forêt brûlée. Il n'y avait autour d'eux que des troncs calcinés et noircis, tandis qu'ils foulaient d'un pas léger le parterre de cendres froides. L'épée Gloriam était redevenue l'aigle qui prit son envol, sa liberté retrouvée. Les lunes blêmes resplendissaient et leurs luminosités douloureuses éclairaient le paysage consumé. Il faisait froid. Sehlvyan posa sa main aux longs ongles pâles sur la gorge de sa Dame. Il la souleva et tourbillonna, la chasseresse ceinte entre ses bras. Danse macabre. Ils sourirent. Il la déposa doucement sur le sol. Puis il prit sa main et ils s'enfuirent. La forêt calcinée offrait de merveilleuses cachettes. Cavités dans les troncs morts, qui devinrent des havres. Sehlvyan s'allongea près d'elle et caressa tendrement les longues boucles brunes de sa Dame. Elle contemplait la nuit. La flagrance de mort qu'elle humait, excitait ses sens. Il posa ses lèvres dans son cou. -Dame Sombre, votre ardeur me conjure de vous prendre, murmura t-il. Me consentez vous à m'étancher du nectar vermillon ? Elle s'assit noblement et apposa ses doigts sur la bouche du vampire. -Mon amour, je te mande de faire silence. Nul vouvoiement ne doit s'échapper de ton souffle à mon égard. Sehlvyan sourit et emprisonna les poignets de Rosana, afin de la maintenir au sol. D'une main, il la tenait et de l'autre la caressait. Elle ferma les yeux. -Pourquoi ma Dame ? -Puisque je suis tienne... Elle laissa cette phrase en suspend, sans la terminer. Un sourire énigmatique se fendit sur son visage. Elle leva sa figure vers lui et l'embrassa. Doucement, la bouche du vampire descendit sur sa gorge. Il lui tenait toujours les poignets. -Que de ferveur mon âme donne à ta mortification. De ses dents effilées, il perça la chair d'albâtre de la chasseresse. Un gémissement allègre s'échappa de la gorge de Rosana. Il avait traversé son sein, pénétré son cœur. Les lèvres de Sehlvyan débordaient du liquide sanguinolent. Il posa sa main sur le cœur de la jeune femme et ses ongles le transpercèrent. La Dame en Noir tenta de se débattre, mais jamais telle faiblesse n'avait enrubannée son être. Elle mourrait une seconde fois. Son esprit ne parvenait plus à commander son corps. -Sehlvyan, murmura t-elle tremblante de douleur. Il sectionna le cœur en deux de sa promise et porta l'une des moitiés à sa bouche. -Je m'incombe le devoir d'être ta dernière seconde. Je serais seul à ouïr tes silences et tes plaintes. Le vampire avala le cœur de son aimée. Puis il porta ses mains à sa gorge. Lui-même tremblait et vacillait. Il se laissa tomber à côté d'elle. Lui prit la main et la lui serra. Des corbeaux, oiseaux de mauvais augures disait-on criaient. Ils volaient au dessus des amants de la mort, tandis que le couple macabre se mourrait. Elle ne bougeait plus et contemplait en silence les lunes, tandis que le sang s'écoulait de ses lèvres, de ses yeux et de ses oreilles en filets écarlates. La main libre posée sur son cœur, elle pouvait encore le sentir battre faiblement alors qu'il était meurtri. Par quel prodige battait-il encore ? Son entendement sentait ses sens en perdition. Elle vit Sehlvyan être prit de convulsions. Lui aussi semblait souffrir. Les yeux de la Dame commençaient à se fermer. Puis, il s'immobilisa soudain. Il retira avec maladresse son manteau et sa chemise. La douleur se faisait toujours aussi accablante. Il ramena ses ongles à son torse lactescent et déchira de ses griffes acérées, sa chair. Le sang jaillit et elle tourna la tête vers lui, ouvrant ses lèvres pour boire le liquide qui, espérait-elle, pourrait la sauver de cette prochaine mort. Les oiseaux hurlaient et descendaient de plus en plus bas vers eux. La main de Sehlvyan pénétra la blessure de son torse et il la ressortit tenant précieusement un morceau de son cœur à lui. Il l'amena aux lèvres de sa Dame et l'implora en ces termes : -Tu demeures au seuil de la mort. Si tu n'ingères pas ce morceau de cœur mon aimée, tu nous condamneras tous les deux... Le regard de Rosana se voila et il la prit contre lui. Il posa la moitié de cœur sur les lèvres et elle l'absorba doucement. Elle-même fit les gestes du vampire et porta ses mains à sa gorge. Se convulsionnant de douleur, elle ne vit pas sa plaie à la poitrine se refermer, tout comme celle de son amant et elle ne le vit pas sourire. Les afflictions cessant leurs peines, elle resta figée à regarder le ciel clair et étoilé. Les lunes baignaient de leur aura blême, cette scène sinistre. Sehlvyan posa son visage sur les seins de la chasseresse et il murmura : -L'on nomme ce gestalt souffreteux : l'union funèbre. Je vis en ton sein et toi dans le mien. Nous sommes les complices d'une oraison macabre. Nous sommes à jamais un. Elle ferma ses prunelles noires. -Je sens battre ton cœur. Il sourit et riva ses lèvres aux siennes.
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