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La petite fille avait un secret. Un terrible secret qu'elle gardait au creux de son cœur. Elle n'aimait pas aller dormir dans sa chambre aux milles jouets. Son lit à baldaquin lui faisait horreur le soir, bien qu'il soit rose et blanc comme elle l'aimait. Il n'y avait que son lapin en peluche qu'elle adorait retrouver lors du coucher. La gouvernante la mit au lit et souffla les bougies. La lune était pleine et radieuse. Elle éclairait de sa merveilleuse nitescence la chambre d'enfant. Lucie vit la gouvernante refermer la porte et elle fut plongée dans les ténèbres. Heureusement que la Sphère argentée qui veillait toujours sur elle était là.
Plus de bruits dans la demeure. Le Baron monta les escaliers pour aller se coucher. Il était le dernier à rester éveillé. Ce soir, cela avait été une belle réception. Soudain l'ombre arriva derrière lui...
-Ah, tu m'as fait peur Charles, dit-il une main sur le cœur en reconnaissant la personne qui s'était glissée derrière lui. -Toi aussi, répondit l'autre en lui posant une main sur l'épaule. J'allais très certainement retrouver le sommeil, mais puisque te voici je voulais te féliciter. -Me féliciter ? Le questionna le Baron étonné. Le dénommé Charles esquissa un sourire énigmatique. -Oui, pour avoir une enfant aussi délicieuse.
Lucie avait remonté sa couverture jusqu'au dessus de son nez. Elle ne dormait jamais quand l'ombre était là. Elle attendait terrifiée. Soudain, sa fenêtre sembla s'ouvrir toute seule et elle voulut pousser un cri, qui s'étouffa dans sa gorge. Alors elle se cacha sous ses draps. Elle avait cru voir une silhouette et il faisait si froid. Si froid... Puis elle sentit qu'un être s'approchait. Mais ce ne fut pas la voix veloutée d'un homme, mais celle d'un petit garçon. -Lucie, c'est moi ! N'aies pas peur. La petite fille souleva ses couvertures et s'écria soulagée : -Peter ! Le petit garçon se retourna visiblement inquiet vers la porte et il souffla : -Chut, il ne faut pas nous entendre. Il s'assit sur le lit. -Comment es tu arrivé là ? Demanda la petite Lucie. -C'est magique. Murmura t-il. Il regarda de nouveau la porte : -L'ombre ne pourra pas entrer ce soir parce que je suis là. L'enfant se tétanisa : -Tu sais pour l'ombre ? -Oui, je t'avais dit que je savais tout. Mais moi je suis ton ami. -Il ne pourra pas ? -Non, pas tant que je serais là...
On tenta de forcer la poignée de la porte. Lucie se terra de nouveau sous les couvertures. Mais comme l'avait promit Peter, l'ombre ne pu entrer. Elle abandonna et il n'y eut plus aucun bruit durant un moment. -Lucie ? Lucie ? Appela l'ombre dans un murmure. La petite fille trembla prête à pleurer. -C'est moi, ton oncle Charles ! N'aies crainte mon enfant ! Viens ouvrir à l'oncle Charles ! Peter alla chercher la petite main chaude de Lucie sous les draps et serra ses doigts : -Il va partir et te laissera tranquille ce soir. Comme Peter l'avait promit, il abandonna et la partit.
Elle sembla apaisée. La petite fille regarda son ami et lui demanda d'une petite voix : -Comment tu savais que l'ombre allait partir ? Peter sourit et ses yeux verts étincelèrent : -Parce que je sais tout. Elle se rendit compte que la main du petit garçon était glaciale : -Tes doigts sont tous froids, comme ma chambre... -Je sais. Répondit mystérieusement Peter. Il était de nouveau triste. -Tu sais, avant ici c'était ma maison ? La petite fille fronça les sourcils : -Tu es mon ami, même si tu n'es qu'un menteur. -Pourquoi tu me traites de menteur ? Elle croisa les bras : -Parce que tu ne peux pas avoir habité ici, car je suis née dans cette maison et qu'il n'y avait pas de bébé en même temps que moi. Il soupira : -Tu commences déjà à grandir et à essayer de penser comme les adultes. Ce n'est pas grave, je t'aime quand même. -Tu m'aimes ? Peter fit un sourire en coin : -Oui, mais je préfère quand tu crois aux rêves. -Mais je crois aux rêves ! Se défendit la petite fille indignée. -Je sais, mais ça se perd avec l'âge et après tu veux avoir les preuves... -Les preuves ? - Les grandes personnes ont besoin d'avoir des preuves pour croire. C'est pour ça qu'ils n'ont pas de but à leur existence. Lucie était abasourdie : -Je ne comprends plus rien. -C'est normal. Mais dans le monde d'où je viens, on comprend tout et on vient voir les petites filles comme toi... -Tu viens d'un autre monde ? -Oui, un monde magique ! Le même qu'il y a dans ta tête... -Ca existe un monde avec pleins de jouets partout ? Il acquiesça d'un hochement de la tête. Elle tapa dans ses mains. -C'est le monde des enfants, c'est ça ? Il n'y a que des petites filles et des petits garçons, de belles rivières, des fées, des glaces et des bulles qui se baladent, des papillons qui viennent dans les cheveux et des chevaux et des... -Oui. Il y a tout ça, sourit Peter. -Tu pourras m'y emmener ? -Ce n'est pas encore le moment. Lucie ouvrit grand ses yeux pâles : -C'est quand le moment ? -Bientôt. Mais il faudrait pour ça que tu n'aies rien à regretter. -Regretter ? -Oui, car lorsqu'on va là bas c'est pour ne plus revenir et on laisse nos parents ici. On ne les revoie plus jamais. -Jamais ? -Jamais. La petite fille prit sa peluche dans ses bras : -Alors je ne veux pas venir avec toi. Peter inclina son beau visage blanchâtre sur le côté : -Je sais, c'est pour ça qu'il faut attendre. Lucie s'allongea et ferma les yeux. Elle était si fatiguée. -Dis ? Fit elle à Peter. Tu restes avec moi pendant que je dors? -Oui. -Toute la nuit ? -Toute la nuit. -Toujours ? -... Il demeura silencieux et pour la première fois il répondit : -Je ne sais pas.
Un cri fut poussé. Un objet sur le sol fut cassé. Les domestiques du château se mirent tous à crier. Ce fut la panique. La Baronne s'évanouit et l'on entendit la gouvernante brailler : -Le Baron a été assassiné ! Le Baron a été assassiné !

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