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Cette petite fille aux yeux pâles n'avait encore jamais vu d'enterrement. C'était si singulier avec tous ces gens vêtus de noirs, qui frottaient des mouchoirs sous leurs yeux. Elle était triste elle aussi, mais sa maman lui avait dit que son papa était partit au ciel avec les anges. Si il était avec des anges, en fait ce n'était pas si grave. En plus ils jetaient plein de fleurs sur la grosse boite oblongue ou l'on avait mit le corps de son père. Elle était désolée. Elle aurait tant aimé tresser des couronnes de fleurs, plutôt que de les ensevelir sous la terre. De voir tout le monde pleurer l'ennuyait. C'était vrai ça, il faisait si beau. Lucie avait envie de danser dans les champs de coquelicots. Puis elle vit Peter. Il était habillé d'un rouge sombre. Il lui souriait et elle le trouvait beau. Ca lui faisait tout chaud au cœur quand elle le regardait.
-Voyons Marie, dit l'oncle Charles à la Baronne devenue veuve. Il est normal que vous éprouviez de l'inquiétude pour votre fille, lorsqu'elle parle toute seule dans sa chambre et se met à rire pour un rien. Mais elle a été troublée par la mort prématurée de son père et vous devriez lui laisser du temps. Seul lui pourra l'aider à guérir sa blessure... De plus, quand nous aurons retrouvé l'assassin de mon frère, tout cela ne sera plus qu'un mauvais cauchemar. Pour que je puisse vous protégez, laissez moi demeurer à vos côtés.
-Ce soir, tu restes avec moi Peter ? Demanda Lucie en tenant la main de son ami qui semaine après semaine devenait diaphane, presque transparente. Il paraissait devenir aussi lumineux qu'un spectre et pourtant son image s'effaçait. -Oui, mais bientôt tu devras décider de partir avec moi ou de rester. Car après il sera trop tard et je ne serais plus là.
Tous les soirs, l'ombre tentait de forcer la porte... en vain.
La gouvernante coiffait la petite fille. Elle lui mit un serre-tête dans les cheveux au moment ou sa maman entrait : -Que tu es ravissante ma chérie, s'extasia la baronne Marie. Lucie se tourna vers elle et dit de sa petite voix : -Tu dis comme papa. La veuve tressailli et s'assit sur un fauteuil. Elle contempla son enfant. Qu'elle était belle sa petite poupée aux yeux clairs. -Papa te manque ? -Oui, mais s'il est bien là haut avec les anges, ce n'est pas grave. -Tu voudrais un autre papa ? La petite fille demeura muette et elle fronça les sourcils. La Baronne regarda la nourrice et lui apprit d'une voix égayée : -Je vais me remarier ! -Avec qui madame ? Demanda poliment la gouvernante. -Avec le frère de mon défunt mari. Sa mère se tourna vers Lucie : -Tu entends ma chérie, ton nouveau papa sera l'oncle Charles. La petite fille tomba à genoux.
L'ombre allait être son nouveau papa. Ce n'était pas possible. Pas lui. La petite fille serra son lapin en peluche contre elle. Elle restait silencieuse. Puis elle alla dans le bureau de son papa. Il y avait son portrait au dessus de la cheminée. Elle aimait le regarder. L'enfant ne pleurait pas. Avait-elle encore des larmes ?
La petite fille chercha dans le tiroir du bureau quelque chose qui pourrait lui rappeler son papa. Le vrai, celui qui était avec les petits anges. Pas le faux, pas l'ombre. Elle souleva des papiers et des papiers et des papiers, puis une photo glissa sur le tapis. Lucie se baissa et la prit pour la regarder. C'était une photo de Peter.
Doucement elle se faufila dans les couloirs pour aller jusqu'à sa chambre. Mais c'est là qu'elle perçut la voix de l'ombre et malgré sa peur elle écouta. Il parlait à voix haute, fêtant seul un évènement qui semblait l'avoir réjouit. Il avait un verre de vin à la main et buvait tranquillement.
-Jamais mon plan n'aura été aussi ingénieux ! Souffla l'oncle Charles. J'ai tué mon frère et je le remplace dans le lit nuptial profitant et de l'immense fortune et de sa charmante veuve. De plus, il ne me reste plus qu'à élever la petite fille comme je l'entends...
Elle regardait par-dessus le balcon. Elle était au troisième étage et il neigeait. C'est là qu'elle le vit. Son Peter, souriant et maladif. Il disparaissait doucement et elle avait les yeux emplis de larmes. Elle tendit la photo : -C'est toi, ici ? -Oui. Il avait décidé de ne pas lui mentir, tandis qu'il volait au dessus d'elle. Il entra dans la chambre en lévitant et se mit debout. -Pourquoi ? Murmura t'elle. -Cette photo devait se trouver avec les derniers objets qui restaient dans cette demeure avant que tes parents n'emménagent. Il fit un sourire en voyant son regard troublé : -Je t'ai dit que j'étais magique. Conta t-il. Je ne t'ai pas mentit, mais en réalité ce n'est pas une magie normale. C'est la magie de ceux qui sont morts Lucie. -Comme papa ? -Oui. -Tu es un fantôme ? -Oui. -Tu es mort alors ? -Oui. Il esquissa un douloureux sourire : -Cette maison c'était la mienne. Je jouais dans le jardin et j'ai attrapé froid. Je suis mort d'une maladie pulmonaire il y a des années de cela, dans cette même chambre. Je suis parti dans le monde des rêves, jusqu'au jour où j'ai entendu la voix d'une petite fille qui m'appelait. Toi Lucie. Je suis revenu pour toi. Pour t'amener avec moi si tu le désires. La petite fille recula : -Si je pars avec toi, je reviens plus ? -Oui. -Alors non. Il soupira et s'approcha d'elle. Il lui caressa les cheveux : -Tu ne sais pas ce que tu fais. Ses yeux verts étaient illuminés d'un éclat irréel. -Si, s'indigna t'elle en serrant son lapin en peluche. Parce que si je pars je vais laisser maman toute seule et je ne veux pas. -Si tu ne pars pas, c'est toi qui seras toute seule. Elle baissa les yeux : -Tu ne restes pas ? Il lui prit la main : -Non, parce que les adultes feront de toi une personne comme eux. -Ca veut dire quoi ? Il répondit avec tendresse : -Que tu oublieras le monde des rêves. -Ce n'est pas possible ! S'écria t'elle. Peter attrapa le serre-tête qu'il y avait dans les cheveux blonds de Lucie. -Si, regarde ça a déjà commencé. Il lui enleva le serre-tête et les cheveux de Lucie furent libres. -Tu vas partir ? -Oui, je disparais déjà. -Je ne veux pas que tu t'en ailles. Peter fit un sourire plein de souffrance : -Je dois rejoindre le monde des rêves. -Non Peter, je t'aime et je ne veux pas que tu partes. Elle lui donna un baiser sur la joue. Celui qu'il n'avait jamais pu recevoir, parce que son père lui avait prit le bras pour la ramener à la réalité. Il rougit : -Moi aussi je t'aime. Mais... Il tourna la tête. Elle ne savait pas que les morts pouvaient pleurer. Il serra très fort le serre-tête. -Tu dois choisir. Elle sanglota : -Je reste. Le serre-tête tomba sur le sol. Il avait disparut. Le cœur de la petite fille aussi...
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