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Elle était cachée sous les couvertures. Il allait venir. Elle le savait. A présent Peter n'était plus là pour l'empêcher d'entrer avec sa magie. Le rêve était fini et la réalité reprenait le dessus. Elle serra sa peluche. Lucie tremblait comme jamais. Elle était au bord des larmes et la pâle lune hivernale brillait sur la chambre et tirait des objets, de longues ombres sinistres. Mais ce n'était pas ces ombres là qui lui faisaient peur. C'était celle de l'oncle Charles. Elle entendit des bruits. Il allait monter les escaliers et traverser le couloirs pour venir dans sa chambre la prendre. Elle sortit de son lit et tenta de trouver une cachette. Lucie n'avait jamais été aussi affolée...
Il n'y avait pas d'endroit pour se cacher. A part sous le lit, mais elle était certaine qu'il la retrouverait. Alors elle se laissa glisser sur le sol et serrant son lapin en peluche contre elle, Lucie se mit à pleurer. Elle étreignit si fort son lapin, si fort...
Les bruits de pas dans l'escalier...
L'enfant aux yeux clairs tremblait de tous ses membres, ses dents claquaient, tandis que les marches craquaient sous le poids de cet homme. Ce poids qui l'écraserait bientôt. Or elle croisa les mains comme pour une ultime oraison et elle chuchota avec toute la force de son désespoir : -Peter ne me laisse pas seule, Peter ne me laisse pas seule ! L'ombre avançait. -Peter ! Implora t-elle. Mais il ne venait pas. -Peter je pars avec toi ! Je pars avec toi ! L'ombre était dans le couloir. -Peter... dit-elle une dernière fois sa voix se brisant sur des sanglots épuisés.
Ce fut au moment où l'oncle Charles entra, où Lucie cria et qu'il la regarda avec envie, qu'un froid hivernal s'engouffra dans la chambre. La porte se referma et l'ombre fut projetée en dehors de la pièce...
Peter apparut, lévitant au dessus du balcon. Lucie leva la tête. Elle le vit et battit des mains. Se remettant debout avec difficulté elle s'approcha du balcon. Des murmures enfiévrés semblaient envahir la chambre, comme une mélodie funèbre. Elle serra sa peluche plus fortement encore. Peter était transparent jusqu'à ses vêtements. Il faisait un léger sourire en coin et l'attendait les yeux emplis de tendresse. -Approche toi, chuchota Peter. Viens à moi, car rester m'épuise et je ne pourrais point tenir longtemps. Elle avança ses mains et tenta de s'accrocher à celles de Peter qui lui tendait les siennes. Mais elle ne parvint pas à le toucher car ses mains passèrent au travers de celles du spectre. -Je n'y arrive pas, paniqua t'elle en tentant une nouvelle fois sans succès. L'ombre se remit à forcer sur la poignée et à crier : -Lucie ! Lucie ! Ouvre moi c'est un ordre ! Elle était sur le balcon, si proche du bord. Mais lui il semblait si loin et si près. Elle n'arrivait pas à attraper les mains du fantôme. -Je passe au travers de tes mains, je ne peux pas les prendre ! -Avance encore ! Supplia Peter. Avance. Il faut avancer ! Elle cria désespérée : -Si j'avance encore je vais tomber ! -Non, murmura Peter. Car je vais te ramener au monde des rêves. Tu peux te pencher sans crainte, je te rattraperai. Alors elle monta sur le rebord du balcon. L'oncle Charles tambourinait contre la porte, avec fureur. Des gens s'agitaient hors de la chambre. Mais elle était si loin d'eux. Elle ne voulait plus jamais pleurer. Elle ferma les yeux et fit un sourire en coin. Le même sourire que Peter lui faisait et qu'elle aimait bien. Elle passa un pied par-dessus la barrière du balcon et tel un oiseau, elle s'élança vers son monde onirique.
Deux mains transparentes se joignirent. Deux enfants se sourirent. Ils s'aimaient bien plus que ce que l'on pouvait aimer d'ordinaire. Parce que l'on ne pouvait aimer que dans le rêve. Ils furent unis par delà le temps.
La Baronne courut dans le jardin, suivit des domestiques. La neige tombait. La pâle lune d'hiver jetait des ombres merveilleuses. Elle arriva bientôt près de sa chair, près de son sang. L'image lui fut fatale. Pourtant jamais il n'y en avait eu plus belle. Sur la poudreuse immaculée, le corps d'une petite fille aux yeux clairs était tombé. Ses cheveux blonds formaient comme un linceul et même si elle était maculée de sang, au moins un grand sourire flattait son visage d'ange...
Les Enfants Outragés, Peuvent-ils Aimer ?

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