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Jack se tenait sur un banc avec deux de ses potes. Comme d'habitude, il portait à ses lèvres une cigarette pour tirer une bouffée qui le ferait désangoisser. Non, en fait ce n'était pas le stress, c'était plutôt pour s'occuper l'esprit. Cette nuit allait ressembler aux autres. Interminable et blanche. Les réverbères, malgré leur lumière agressive, éclairaient mal les environs. Il rabattit son blouson de cuir usé sur ses épaules en ajustant le col. C'est qu'il caillait la nuit. Entre les trous d'aérations de la surface artificielle et l'espèce de plafond hideux et grisâtre qui leur servait tous les jours de ciel, y avait pas de quoi se réjouir. Courants d'air, nuit et humidité... Ca donnait une autre soirée à se les geler. Mais ça valait mieux que de passer une autre nuit dans la solitude à laisser s'écouler le temps en comptant les minutes. -Putain ! Pourquoi il répond pas ce con ! Il fait galérer ! Maugréa Sébastien en appuyant une dernière fois sur sa touche de portable, avant que celui ci ne passe en mode messagerie. Il n'allait pas en plus utiliser du crédit pour rien. -Ouais carrément, répondirent simultanément Ethan et Jack. Ca faisait près de quarante-cinq minutes qu'ils attendaient. En fait, ils étaient presque certains qu'il les avait planté. -On fait quoi maintenant ? Ils haussèrent tous trois les épaules. Ils ne savaient pas. Au début, ils étaient toujours bien, mais au fur et à mesure, ils servaient tous de la merde et de plus en plus cher. Puis, Jack les vit. Ils étaient une petite dizaine à marcher, sales et respirant la haine, mais l'air fier et provocateur. Quand ils se déplaçaient en bande cela n'inaugurait rien de bon. A priori, ces sous merdes venaient d'en bas et avaient un petit deal à leur proposer. Advienne que pourra. -Vous n'auriez pas un plan pour nous ? Demanda Seb en se redressant sur le banc. Ils avaient là un mélange de choix. Des noirs, des blancs et des beurs... La misère n'est pas raciste. Un grand noir au milieu du groupe, qui semblait être une sorte de leader répondit : -T'as combien? -Vingt crédits, lança Seb. L'imposant homme sombre ricana. -C'est trente ou rien. -On n'a pas plus. -Bon. Montre. Jack regarda ses deux comparses. Il se sentait presque vexé d'être pris pour quelqu'un d'assez stupide pour livrer son argent sur un plateau. Dépendant mais pas naïf. -Non, rétorqua Ethan. La négociation eut l'air de se finir ainsi, puisque la petite bande fit un signe de refus. Jack et ses potes se levèrent et partirent. Soudain un petit blondinet les rattrapa et dit : -Attendez ! Bon ok. Faut que celui qui a les thunes aille près de mon pote là bas. Et vous allez régler ça ensemble. C'est bon ? Seb, le négociant du groupe, acquiesça d'un signe de tête et se dirigea vers l'Homo presque Sapiens précédemment montré. L'albinos commença à leur faire un petit discours. -Vous comprenez... Vous ne lui avez pas fait confiance, et maintenant il va vous saigner. Reprit le blond. Et voilà, ils allaient leur donner une dose ridicule. Avec la drogue, le client n'était jamais le Roi. Un a un, c'était réglo. Enfin, ils l'espéraient. Une voix grave s'éleva de la troupe : « Hé Blanche-neige ! Viens là ! » Le blond s'en alla docilement vers sa bande. Jack et Ethan se mirent à l'écart pour observer la rue où Seb et le dealer avaient disparus. Ils ne le voyaient pas revenir. Ca ne sentait pas bon. Ils ne savaient pas pourquoi, mais ils pressentaient un coup tordu. Ils attendirent encore quelques minutes. Cela leur parut durer une éternité... Jack senti son estomac se nouer. -Je le sens mal... Vraiment mal... On a été trop cons ! On aurait du y aller avec lui ! Ethan, perché sur un muret de pierre, acquiesça, l'air tendu. -Ouais, grave... Mais qu'est-ce qu'ils foutent bordel?!
Ils virent soudain le dealer revenir avec deux potes à lui, dont le blond que ni Jack, ni Ethan n'avaient vu partir. Ils les contournèrent pour rejoindre leur meute. Jack sentit son sang affluer rapidement vers son cœur. Ethan sauta du mur. Jack et lui se mirent à courir comme jamais ils n'avaient cru pouvoir le faire. Dans la ruelle où Seb avait disparut, ils hurlèrent son nom, jetant un rapide coup d'œil dans tous les recoins sombres qu'ils croisaient. Puis, ils le trouvèrent derrière un bâtiment. Seb, plié en deux, s'appuyait à un des six énormes tunnels d'évacuation d'eaux usées qui partait du ciel artificiel et parcourait l'immeuble pour s'enfoncer dans l'asphalte. Il se tenait les côtes, le visage douloureux. Jack s'approcha de lui et lui demanda ce qui venait de se passer. Pourtant, il l'avait compris avant même que le jeune homme ne parle. -Ces connards... Ils m'ont demandé de donner le fric et le portable. J'ai refusé et ils me sont tombés à deux dessus. Ils me filaient des coups de pieds, pendant que le dépigmenté faisait le guet. C'est un voisin qu'à ouvert une fenêtre en menaçant d'appeler la Garde. Ces lâches, ils se sont barrés !
Naïfs.
Jack et Ethan voulurent y retourner. Mais à quoi cela aurait-il servit ? Ils auraient été trois au lieu d'un, à être amochés, voir pire. Dix contre trois, ce n'était vraiment pas égal. Ils soutinrent Seb et l'emmenèrent jusque chez lui. Puis, ils s'installèrent chez Jack, pour une soirée _après riche en émotion_ abondante en alcool. S'il ne pouvait leur faire oublier, l'ami éthanol allait au moins les faire dormir.
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