
Le vampire aux prunelles d’or marchait dans la forêt des Méandres. Un capuchon rabattu sur son visage et la longue cape noire le protégeait de la pluie diluvienne. Un éclair illumina les ténèbres et il perçut un toit de verre en forme de coupole, s’élever au dessus des arbres. A l’orée des bois, un sentier sablé débuta. Sehlvyan passa sous des arches en fleur et fer forgé, pour s’avancer jusqu’au château annexe à celui de Silhmellevora. Le vampire approcha de la lourde porte et frappa. Il y eut un long moment d’attente, lorsque soudain, elle s’ouvrit. Cependant, il n’y avait personne. Sehlvyan entra. Des chandelles éclairaient l’immense salle. Les murs étaient décorés de tableaux démesurés et de vieux miroirs. Des anges sculptés criaient leur douleur, tandis que les fleurs se contorsionnaient et se torsadait. La vie semblait habiter cette demeure. La coupole vitrifiée, s’élevait au dessus d’un gigantesque escalier qui descendait dans les profondeurs abyssales. Sehlvyan emprunta les marches et s’enfonça dans l’obscurité. Il tenait serré contre lui, la dague à la poignée d’argent et lorsqu’il arriva au bout de l’interminable escalier, il poussa l’une des diverses portes. Derrière cette dernière se découvrait un bassin superbe et colossal, surmonté d’un mur entièrement sculpté de figures célestes. L’eau claire offrait des miroitements sur les hauts plafonds et un être tenait dans ses mains, un long morceau de bois enflammé et il allumait les bougies des chandeliers. Sehlvyan observa attentivement l’inconnu, qu’il ne voyait que de dos. Il portait une longue toge blanche qui traînait derrière lui. Il paraissait frêle et délicat, comme un jouvenceau et ses cheveux bruns flottaient sur ses épaules en de soyeuses boucles. Une couronne de fleur seyait sur son front et le léger voûtement de ses épaules, prouvait qu’une charge pesait sur lui.
-Humble visiteur, puis je connaître votre nom ? Demanda l’inconnu qui allumait la dernière bougie.
Le vampire sourit :
-Je me nomme Sehlvyan.
L’être se retourna pour lui faire face. Le vampire sentit son regard devenir oblique. Le jeune homme avait un beau visage. La mâchoire carrée et les pommettes hautes, ses lèvres étaient pleines et bien dessinées. Mais sous ses sourcils arqués, il n’y avait rien. Les yeux manquaient. Sehlvyan détailla le corps du jeune homme. Sa peau était lactescente, comme pure de toute souillure et ce qui retint son attention fut la furtive clarté qui venait d’éclairer la paume de la main de l’inconnu.
-On m’appelle Orbe de Flore, dit le jouvenceau sans regard. Je suis le gardien des eaux limpides du Bassin des Brumes.
Il tendit sa main, vers sa gauche afin de lui montrer le sujet dont-il parlait. Sehlvyan avait vu juste. Au creux de la main d’Orbe de Flore, il y avait un œil qui tournait et dardait son regard sur le vampire.
-Orbe de Flore, avez-vous ouï la raison de ma venue ?
-Le Prince Lunaire viendra et tuera toute vie se dressant sur son chemin. Il engendrera l’étiolement des Mondes Connus, au nom de la passion. Mais sa rédemption se fera sans qu’il ne le sache.
Sehlvyan éclata d’un rire méprisant.
-Je ne veux certes pas conduire les Mondes Connus vers leur perte. Mon souhait est tout autre en vérité. Une simple révolution sera convenance envers moi. Et en ce qui concerne l’amour, d’aucun se mande si un cœur bat dans ma poitrine. Ainsi vos prédictions sont faussetés.
Orbe de Flore s’agenouilla près du bassin et effleura l’eau de ses doigts. Il murmura d’une voix douce :
-Pourtant vous avez déjà rencontré celle qui ravira votre cœur.
Sehlvyan approcha de lui :
-Jeune sot, dit le vampire. Il aurait fallut me connaître avant d’ordonner un pareil présage. Mais je n’en garde pas rancune. De quelle manière désires-tu le trépas ?
Orbe de Flore posa sa main qui portait l’œil sur la joue de Sehlvyan :
-Je comprends les prières de cette jeune femme.
Le vampire sourcilla :
-Qu’il est doux de mourir de vos mains, continua l’homme au regard dans la paume.
Sehlvyan enlaça le jouvenceau :
-Puissiez vous me révéler votre dernier souhait ?
-L’eau du Bassin des Brumes, ne doit pas être souillée messire Sehlvyan.
Le vampire plongea alors ses lèvres dans le cou d’Orbe de Flore, et la chair ivoirine perça sous ses dents. Le sang s’écoula dans la bouche du vampire et le jeune homme ferma son poing, l’œil se dissimulant aux regards pour la dernière fois.